Tzvetan Todorov. Les Aventuriers de l'absolu. Laffont, 280 p.

Oscar Wilde est mort seul, ruiné, détruit par la prison. La dépression a persécuté Rainer Maria Rilke tout au long de sa vie. Marina Tsvetaeva a été une victime de l'Histoire qui a mis du génie à se trouver toujours au mauvais endroit. Leurs vies ont été catastrophiques, comme si leur œuvre était à ce prix. Ces trois figures sont au cœur de la réflexion que Tzvetan Todorov mène sur la quête de l'absolu. Le dandysme de Wilde, l'exaltation de Tsvetaeva, la mélancolie de Rilke: leur art est toujours «la continuation du sacré par d'autres moyens». Leurs démarches sont individuelles, comme celles de Baudelaire, de Hölderlin, de Dostoïevski, autres aventuriers de l'âme. Qu'est-ce qu'une belle vie? Pour Montaigne, elle est de «celles qui se rangent au modèle commun et humain». Un projet bien éloigné de la mystique, du sacrifice, du deuil du bonheur. On sent que Todorov, ami des Lumières, penche pour Montaigne, tout en admirant l'énergie convulsive de tant d'œuvres bouleversantes. D'autant plus que ces créations furent chèrement payées. On le lit dans les correspondances largement citées où s'exprime la souffrance des créateurs.