Images commence dans l'obscurité. Là où précisément les photos sortent de leur bain de nuit pour donner sa chance au jour. Là où le photographe donne aux souvenirs leurs lumières. Le dramaturge franco-genevois Joël Pasquier a tracé, entre zones d'ombre, traumatismes et trous de mémoire, le portrait sensible d'un accidenté de la vie. Christian Gregori joue ce solitaire et prête à la langue de Pasquier son humanité rude et fissurée. Il offre ainsi à Genève, à la Parfumerie, un morceau de théâtre déchiré et étrangement doux. Un passage par les gouffres à découvrir sans tarder, jusqu'au 18 février.

Une chambre noire d'abord. Celle d'un voyageur prompt à presser sur le déclic de l'appareil de photos. Fût-il imaginaire. Un homme passe dans la nuit, prend ses quartiers dans le hangar aux murs lépreux. Le voilà éclairé par quelques ampoules pâlottes, prêt à scruter les négatifs de son existence. Ces aveux-là seront forcément lacunaires, relayés dans la mise en scène de Pierre Romanens par le trombone poignant de Pascal Schaer. L'homme décline son identité en vrac – rien à voir bien sûr avec une fiche anthropométrique. Il parle d'un 14 juillet lointain, d'Igor, un Russe blanc pas très net, d'un Serbe qui «encorne» tout le monde, de Juliette surtout, demoiselle qui lui a longtemps donné des ailes. Jusqu'à ce jour de batifolage au bord d'un ruisseau, dans le miroir duquel le visage de Juliette s'est évanoui à jamais.

Joël Pasquier avait inauguré la première saison d'Anne Bisang à la Comédie de Genève avec Sorcières, pièce et spectacle qui avaient beaucoup déçu. Il revient au théâtre avec un texte hautement personnel, plein de désaccords féconds, de vérités ébauchées et effacées dans le même mouvement. C'est le genre d'Images qui marquent.

«Images», Genève, Théâtre de la Parfumerie,

ch. de la Gravière 7, jusqu'au 18 février (tél.022/343 01 30).