Ni la chute du mur de Berlin, ni la réunification n'ont mis fin à l'histoire de l'Allemagne de l'Est. Les violences d'extrême droite, les succès des anciens communistes aux élections sont troublants, mais ils ne sont pas plus troublants que les aveux des artistes et des intellectuels qui ont collaboré avec la Stasi. Michael Schindhelm a été un tout petit collaborateur, qui n'a dénoncé personne, dit-il.

Le régime communiste s'est installé sur les décombres du nazisme, comme si son communisme valait à lui seul un examen de conscience. Il s'est écroulé et le territoire de l'Est a réintégré ce qu'on appelait le monde libre, comme si ce retour valait à lui seul un examen de conscience. Mais les bulles du passé remontent une à une à la surface. Elles ont le parfum écœurant de la survie sous contrainte, des souffrances, des lâchetés, et des compromissions. L'Allemagne de l'Est était une prison. Et les hommes s'y sont comportés comme des prisonniers.

Pendant un bon quart de siècle, après la fin de la Deuxième Guerre mondiale, les écrivains, les acteurs, les metteurs en scène est-allemands ont été, hors de la RDA, les porteurs d'un message ambigu. Ils témoignaient pour le régime qui les laissait exister, et pour la petite lueur de liberté que ce régime n'avait pas réussi à éteindre. Aujourd'hui, les révélations sur la collaboration de certains d'entre eux au fonctionnement de ce régime sont d'autant plus spectaculaires qu'on n'a pas encore demandé des comptes à l'ancienne société est-allemande. Le spectacle pathétique de ces aveux en dit plus sur l'occultation du passé des ex-régimes communistes que sur la culpabilité de ceux qui avouent.