Dernier sursaut? En France, l’année passée, les recettes du DVD ont connu une légère hausse, de 0,5%. La première depuis 2004, année du pic historique dans tous les pays occidentaux. Le cas de l’Hexagone constitue cependant une exception, due sans doute au fait que le délai de sortie des films a été raccourci. Aux Etats-Unis, le bilan 2009 a créé la surprise: les produits des salles de cinéma ont dépassé ceux des galettes numériques. Renversement fracassant, à nuancer toutefois par le fait que le prix des billets de cinéma ne cesse d’augmenter aux Etats-Unis.

Reste que la tendance s’observe partout. Les chiffres suisses ne sont pas encore publiés, mais à la Fnac Suisse, le responsable du département vidéo Lorenzo Prattini parle d’une «faible baisse». Patron d’un magasin pionnier en Suisse romande, le Karloff à Lausanne, Michael Frei hasarde l’estimation de 5 à 6% de ventes en moins.

Le cinéma sourit: 2009 fut une excellente année. Ce que ne manqueront pas d’évoquer les professionnels, réunis depuis jeudi à Soleure. Le DVD, lui, pâlit. Essoufflement d’une technologie, populaire depuis une grosse décennie seulement? Plutôt, évolution d’un secteur qui se complexifie.

Le piratage, bien sûr

C’est le motif ânonné par les producteurs de cinéma depuis que le Net existe. D’innombrables études montrent pourtant que les pirates les plus gourmands sont souvent les plus gros consommateurs de DVD. Le problème vient plutôt de la vulgarisation du piratage auprès d’un public moins technophile, qui hésite à acquérir un film pour ne le voir qu’une fois.

Michael Frei ne veut pas diaboliser, mais songe au long terme: «Aujourd’hui, une génération plus âgée, aussi attentive au conseil et au dialogue, atténue la baisse. Mais quand s’imposera la jeune génération, qui ne veut rien payer, l’industrie devra vraiment se faire du souci.»

Des usages multiples

La consommation des films se fragmente. Par exemple avec la vidéo à la demande (VOD), via Internet, proposée notamment par Swisscom TV et Dvdfly. Cette dernière a en outre redonné du peps à la location de DVD, en déclin avancé chez les loueurs classiques. Elle propose une location à domicile, par abonnement. De 1,2 million de francs de chiffre d’affaires en 2004, la société basée à Neuchâtel est passée à 7,1 millions en 2008. La croissance de 2009 ne devrait pas fléchir, annonce son porte-parole Yann Steulet. Si la Suisse romande se stabilise à 20 000 abonnés, le potentiel est encore grand en Suisse alémanique, et la filiale belge, ouverte l’année passée – après la France – a démarré «très fortement», avec déjà 8000 fidèles.

Selon Yann Steulet, ce marché ne connaît pas d’effet de vases communicants: «Nos enquêtes nous montrent que notre clientèle va au cinéma, loue des DVD et en achète. Si les ventes baissent, ce n’est pas bon pour nous.» L’entreprise prépare toutefois son prochain coup. Déjà en cheville avec Warner, Dvdfly bouclera bientôt des négociations avec d’autres studios, et s’apprête à attaquer Swisscom TV sur son terrain, avec un boîtier rendant la VOD visible par une TV classique.

Confusion des technologies

Si le grand public rechigne à débourser pour un DVD, c’est aussi parce que l’industrie le fait douter. Le DVD à peine rendu universel, ou presque, les fabricants veulent imposer le Blu-ray comme son successeur. Pour Michael Frei, «le Blu-ray, qui n’était pas nécessaire, a rendu la situation confuse. On observe un changement fondamental: à la fin des années 90, le public voulait absolument le DVD. Ce n’est pas le cas maintenant». A la FNAC, Lorenzo Prattini nuance – «le Blu-ray prend peu à peu» –, tout en concédant que ce support «n’apporte pas ce que le DVD a changé par rapport à la cassette VHS».

Il y a deux semaines, lors de la grand-messe de l’électronique à Las Vegas, Sony et Panasonic annonçaient le Blu-ray 3D. Les premiers appareils, et téléviseurs idoines, devraient apparaître dans quelques mois. Rendant caducs les équipements actuels. Sur les forums spécialisés, la colère monte. L’emballement de l’industrie fait penser à un tir dans le pied. Certes, en relief.

«Le Blu-ray, qui n’était pas nécessaire,a rendu la situation confuse»