Réalisateur du film Kandahar en 2001, l'Iranien Mohsen Makhmalbaf se consacre, depuis, à l'alphabétisation des enfants afghans dans la région de Zahedan. Dimanche, Locarno projette un documentaire, The Afghan Alphabet, qu'il a tourné dans l'urgence durant l'offensive américaine. Un film constat qu'il a transmis à Locarno accompagné d'un texte. Extraits.

«A Zahedan, nous avons 100 000 enfants réfugiés qui sont illettrés […]. Mais il semble que les autorités iraniennes, qui avaient insisté pour une reconstruction de l'Afghanistan après les événements qui ont suivi le 11 septembre, soient revenues sur leur intention […]. Apparemment, elles souhaitent perdre une nouvelle fois l'occasion en or de participer à la reconstruction culturelle de leur voisin et ami.

»Elles imaginent que, plutôt que de purifier l'eau polluée à sa source, elles pourront encore essayer de la nettoyer lorsqu'elle se sera écoulée dans leurs piscines. Comment est-il possible, pour la société iranienne, de préserver sa sécurité et son développement sans soutenir l'existence de la sécurité et du progrès dans les pays voisins? […]

»Aujourd'hui, je suis embarrassé face à ces enfants abandonnés, car nous ratons l'aide minimale que nous leur devons: la possibilité d'apprendre l'alphabet de sa langue maternelle au XXIe siècle. J'en suis d'autant plus navré que, dans ce monde, l'ignorance et les complexes provoqueront sans doute la destruction d'autres tours.»

«THE AFGHAN ALPHABET» (Aleph Bay-e-Afgan), de Mohsen Makhmalbaf (Iran).Sa 10, Otello, 16 h 15; di 11, La Sala, 15 h 30.