«Twin Peaks» est un festival de situations dramatiques autant que farfelues, c’est aussi une fête de la nourriture. On y voit des montagnes de donuts dans les locaux du shérif, de fréquentes scènes de repas, et surtout, les deux obsessions des papilles de l’agent Cooper, qui occupent les 30 épisodes: le café bien chaud, et la tarte aux cerises.

Dans l’Etat de Washington, au nord-ouest des Etats-Unis, deux établissements ont servi de décors et se revendiquent de Twin Peaks. Ils proposent tous deux le café et la «cherry pie».

D’un côté, le Twede’s, «Double R Diner» dans la fiction, à North Bend, rendez-vous des personnages tout au long du feuilleton.

De l’autre, l’hôtel Salish Lodge and Spa, le «Great Northern», à Snoqualmie.

Leurs arguments tendance «Twin Peaks» sont légitimes chacun pour une part: Cooper dévore la tarte aux cerise dans le restaurant, tandis que c’est à l’hôtel qu’il prononce la phrase devenue fameuse, «a damn fine cup of coffee».

Nous avons goûté. Une chose est sûre, on comprend mal le ravissement de Cooper à propos du café. Analyse hautement gastronomique.

Le café du Twede’s

Il est servi bouillant, puisqu’il chauffe toute la journée dans son pot sur une plaque. A moins d’attendre, la première gorgée ne servira donc qu’à se brûler la langue. Ensuite, on d’abord en bouche un goût de calvados doux, avec une amertume en arrière bouche et sur la langue. Suivi d’un goût terne de poussière. En refroidissant, la fadeur grise du liquide s’accroît, sans gagner en goût.

La tarte du Twede’s

La tranche se révèle fort sucrée, mais moins que l’on ne pouvait craindre à la vue du revêtement de gros sucre sur le haut de la pâte. Une structure plutôt molle: les cerises sont fondues dans une gelée trop présente, et la pâte est tendre. La portion demeure raisonnable, surtout que c’est copieux malgré le coté ramassé de l’ensemble. Cependant, on sent peu le goût de fruits. Servi chaud, à température parfaite, avec une grosse noix de crème. Légère, celle-ci constitue une bonne surprise: elle apaise un peu la virulence occasionnelle du sucre.

Le café du Salish Lodge & Spa

Il est servi moins bouillant que celui du Twede’s, c’est un point. On l’apporte dans on verre, ce qui n’a rien de très «Twin Peaks» – l’agent Copper boit son breuvage dans une tasse dodue, un mug. Le café du Salish n’a quasiment aucun goût. En entrée de bouche, une attaque de parfum de café. Très courte. Ensuite, rien.

La tarte du Salish Lodge & Spa

Elle est joliment servie dans une cassolette. La serveuse met en garde: c’est très chaud. En effet. A la première bouchée, le sucre se fait sentir, mais aussi, un léger goût de cerises. Dans la sauce, appelons-la ainsi, on dénombre une quantité louable de fruits. Au goût, on note même une acidité à certaines bouchées, la preuve de la présence de véritables baies. La pâte est sablée, un peu trop: un brin sabloneuse. Mais sans hésitation, avantage au Salish Lodge & Spa.