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«Babylon Berlin», la cité tentaculaire

Canal + montre ces jours la série la plus chère produite en Allemagne, sous la houlette du cinéaste Tom Tykwer. Intrigues dans la capitale durant les années 1920, entre montée des extrémismes et agitation révolutionnaire russe

L’alliance est contre-nature, mais elle a tout son sens. Pour fabriquer la série Babylon Berlin, le collectif de cinéastes X-Filme, fondé par Tom Tykwer (auteur de Lola rennt, Le Parfum ou Cloud Atlas, réalisateur pour Sense8), a coopéré avec la chaîne privée Sky et le réseau public ARD. La première a eu la primeur, le second, la diffusion grand public. En terres francophones, c’est Canal + qui a mis la main sur cette fiction policière dans le Berlin des années 1920.

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Babylon Berlin est la série la plus coûteuse jamais produite en Allemagne, et c’est l’un des budgets les plus luxueux d’Europe: 40 millions d’euros pour 16 épisodes au total, dont 20 apportés par ARD. Par chapitre, c’est le double d’une série de Canal +. Il a fallu 190 jours de tournage pour plus de 300 rôles, sans compter les figurants. Ces dernières années, des signes indicateurs du renouveau de la fiction TV allemande sont apparus, avec KDD, puis Berlin 56, Deutschland 83, Bad BanksBabylon Berlin confirme cette nouvelle vigueur. Avec ses compères Henk Handloegten et Achim von Borries, Tom Tykwer forme un trio créatif aux commandes du paquebot, comme auteurs et réalisateurs.

D’après un populaire cycle de romans

La série adapte Le poisson mouillé, le premier roman du cycle initié par Volker Kutscher. En huit histoires au final, par tranche d’une année, dont six ont été publiées, l’écrivain veut conter la désagrégation de la République de Weimar, et la marche forcée vers le régime nazi.

Chaque roman se développe autour d’une date forte. Dans le premier, c’est le «Blutmai», le 1er mai 1929, lorsque les forces de l’ordre ont réprimé dans le sang les manifestations communistes dans la capitale.

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L’histoire: complot allemand et contre-révolutionnaires russes

Le héros est le discret mais ambitieux Gereon Rath (Volker Bruch), policier de Cologne détaché à Berlin. Il opère dans la brigade des mœurs, traquant les artisans locaux du jeune cinéma porno. Mais c’est une couverture; il est là pour enquêter sur un complot visant le maire de sa ville natale. En parallèle, les Russes révolutionnaires exilés à Berlin fomentent leur future rébellion trotskiste. Ils pourraient bénéficier de l’or d’une famille de nobles, qui est entré sur territoire allemand, et qui va faire l’objet de violentes convoitises. D’autant que l’ambassade soviétique veut éliminer les insurgés à tout prix… Elle bénéficie de la duplicité d’une chanteuse fameuse.

Sténographe en travail sur appel pour la criminelle, Charlotte Ritter (Liv Lisa Fries), qui mène une double vie, va se rapprocher de Gereon dans l’investigation autour de l’assassinat d’un Russe.

Divisée en deux saisons de huit chapitres, la série se révèle plus complexe que le roman. Les auteurs ajoutent des éléments inédits, comme le complot de Cologne. Plus développé dans son entourage, une famille pauvre, et sa vie nocturne, le personnage de Charlotte apparaît fort différent de son modèle littéraire.

Une superbe scène au Moka Efti

Babylon Berlin n’est pas d’un abord facile. La multiplicité des intrigues peut décourager les plus pressés. Dans le même temps, la narration prend parfois des aises musicales, au sens littéral ou rythmique – la patte Tykwer, sans doute. Ainsi, le deuxième épisode comporte une longue et superbe scène de concert au Moka Efti, la salle où tout le monde danse. Un pas de côté, sur une chanson sombre et entraînante à la fois, qui détonne dans la ritournelle narrative des séries contemporaines.


Un montage basé sur la scène musicale de l’épisode 1x02.

En Allemagne, la série a reçu un bon accueil. Certains médias, dont le Berliner Morgenpost relayé par Courrier international, ont loué l’avènement d’un grand «film de ville». Même si nombre de scènes sont tournées en studio, l’équipe a pris position sur l’Alexanderplatz, quitte à effacer ensuite des bâtiments modernes. A l’heure où toutes les histoires berlinoises se filment en Hongrie pour raisons budgétaires, «Babylon Berlin est la première série historique entièrement tournée ici, et la première aussi à saisir les multiples facettes du véritable Moloch qu’a pu être la ville. Le tout avec des images spectaculaires», louait le journal. En effet, même si l’on souhaiterait encore plus de contexte historique, Babylon Berlin a tout pour devenir une grande fresque.


Babylon Berlin, Canal +, dès le lundi 27 août à 21h.


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