Chaque pianiste développe son propre univers chez Bach. On peut toutefois les regrouper par affinités d’esprit et de son.

é Les grands sages:

Edwin Fischer (le premier à avoir enregistré l’intégrale du Clavier bien tempéré dans les années 1930), pour ses lignes souples et vigoureuses et sa douce lumière. Sviatoslav Richter, pour sa sonorité mystique dans les années 1970, la conduite des voix dans les fugues vers des horizons éperdus.

é Les humanistes:

Murray Perahia, pour son jeu tout en courbes et sans excentricité; une forme d’humilité qui n’est pas détachement pour autant.

András Schiff, pour l’élégance de son toucher, ciselé parfois jusqu’à la préciosité, pour le tissu polyphonique aéré et les élans qu’il laisse échapper tout soudain.

Tatiana Nikolaïeva, pour sa magnifique clarté, une assise qui rend sa grandeur à Bach.

Zhu Xiao Mei, pour la vie et la bonté qu’elle a su insuffler aux Variations Goldberg (Mirare).

David Fray, pour la fragilité assumée et la fraîcheur de l’élan.

é Les excentriques:

Glenn Gould, pour l’audace, la force de pensée, la jubilation rythmique et l’insolence souvent géniale, parfois déplacée.

Friedrich Gulda, pour sa pulsation rythmique (Suites anglaises 2 et 3), son toucher tantôt mat et chirurgical, tantôt doux et scintillant.

Piotr Anderszewski, pour sa fougue, son côté mauvais garçon, imprévisible, sa sonorité minérale, souvent incisive, parfois éthérée.

é Les cérébraux:

Maurizio Pollini, pour cette rage d’atteindre l’abstraction pure, pour la droiture d’une pensée un peu raide (Clavier bien tempéré).

Pierre-Laurent Aimard, pour la performance d’absorber L’Art de la Fugue et de le rendre avec une détermination sans concession.

é Les poètes:

Wilhelm Kempff, pour la fluidité d’un toucher aérien, au spectre un peu restreint, qui évacue l’image d’un Bach intouchable.

Alexandre Tharaud, pour les couleurs et la délicatesse d’un toucher que les uns admirent, que les autres jugent mièvre.

Till Fellner, pour la grande tradition héritée d’Alfred Brendel, qui sonne un brin désuète aujourd’hui.