Se mesurer à L’Oratorio de Noël, c’est tutoyer l’un des chefs-d’œuvre de la musique sacrée occidentale. Après la Messe en si l’an dernier, Stephan MacLeod et sa joyeuse équipe de Gli Angeli Genève ont choisi de s’atteler au recueil des six cantates de Bach. Un périple en cinq destinations, avec des concerts à Bulle ce dimanche, à Yverdon le 21 décembre et à Genève le 23 décembre, auxquels s’ajoutent encore deux escales à Paris et à La Haye.

«Ces cantates n’ont pas été écrites ou réunies pour être jouées ensemble, explique Stephan MacLeod. Elles forment un tout important que Bach a voulu voir comme un corpus et qu’il a appelé Oratorio de Noël.» Aujourd’hui, il est relativement courant de donner le cycle complet en une seule soirée, ce qui sera le cas à Genève, avec un concert en deux parties (cantates Nos 1, 2 et 3 puis cantates Nos 4, 5 et 6) agrémenté d’une pause. Vous pouvez même souscrire à une formule de repas pour vous sustenter durant l’entracte.

Parodie musicale

Mais revenons à la genèse de l’œuvre. Bach a composé L’Oratorio de Noël en 1734. Il était alors cantor à Leipzig. Les six cantates sont destinées aux six fêtes de la liturgie à partir de Noël, soit le jour de Noël (le 25 décembre), le deuxième jour (le 26 décembre) et le troisième jour de Noël (le 27 décembre), le 1er janvier pour la fête de la circoncision du Christ, le dimanche après le jour de l’an et enfin le jour de L’Epiphanie. Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que la majeure partie du matériau musical est tirée d’œuvres antérieures. Ce procédé s’appelle «parodie». En l’occurrence, les Cantates profanes BVW 213, 214 et 215, composées peu avant entre 1733 et 1734, forment le terreau de ce magnifique Weinachtsoratorium. A partir de l’ancien, Bach échafaude une musique nouvelle, encore plus étincelante.

«De la musique rougeoyante, lumineuse»

Comme l’a soutenu Nikolaus Harnoncourt, il est fort probable que le projet L’Oratorio de Noël soit contemporain de l’écriture des trois cantates profanes. Non seulement la métrique des vers et la prosodie collent parfaitement dans les deux cas, mais celle-ci fonctionne encore mieux dans la version sacrée. Et la musique est jubilatoire! «Le thème de la liturgie de Noël, ce n’est pas de penser à la vie éternelle, aux péchés sur Terre, soit le 90% de tout le reste de l’année liturgique, commente Stephan MacLeod. Au contraire, c’est de la musique de fête, rougeoyante, lumineuse, qui lance plein d’étoiles. Les moments calmes et doux sont des moments de contemplation heureuse.» A noter qu’un documentaire autour de l’ensemble Gli Angeli, réalisé par Samuel Grandchamp et intitulé Vues d’ensemble, sera projeté ce dimanche après-midi sur RTS Deux.


«L’Oratorio de Noël» de Bach, di 18 décembre à l’Eglise Saint-Pierre-aux-Liens de Bulle (quatre cantates). Ma 20 déc. au Temple d’Yverdon-les-Bains. Ve 23 déc. à 19h et 21h30 au Victoria Hall de Genève (intégrale des six cantates). Vues d’ensemble de Samuel Grandchamp, di 18 déc. à 16h10 sur la RTS Deux. www.gliangeligeneve.ch