Bacurau se situe au fond du Nordeste, mais il a disparu de Google Maps et pourrait bien disparaître corps et âme suite aux manigances d’un préfet prévariqué, à la pénurie d’eau organisée et à la présence de mercenaires patibulaires. La belle Teresa revient dans ce lieu en instance d’effacement pour enterrer sa grand-mère. Elle retrouve les habitants pittoresques du village, la doctoresse qui a l’alcool mauvais, le barde sarcastique, la prostituée respectable… Et puis les choses se dégradent.

Bacurau relève du western, mais du western brésilien, puisqu’on y croise des figures de cangaçeiros féroces, et du western futuriste, puisque l’action se situe «dans quelques années» et qu’un drone en forme de soucoupe volante observe les activités humaines. Deux motards, un homme et une femme en combinaison psychédélique, font escale au village. Ce sont des assassins qui rejoignent un commando meurtrier.

Sombre réalité

En 2015, Kleber Mendonça Filho a fait sensation à Cannes avec Aquarius, consacré à une femme courageuse (la formidable Sonia Braga qui incarne le Dr Domingas dans Bacurau) refusant d’être expropriée par des promoteurs immobiliers aux méthodes douteuses. Le combat personnel se doublait d’un récit de résistance à la puissance de l’argent et à la loi du plus fort. Cette opposition à une sombre réalité désormais incarnée au Brésil par Bolsonaro sous-tend Bacurau (coréalisé avec le chef décorateur Juliano Dornelles), mais de manière diffuse, sporadique, hétéroclite – et longuette. La comédie le dispute au drame et la dimension fantastique s’accommode de scènes d’action fort sanglantes.