Le temps passe, mais fondamentalement rien ne change vraiment. Les méchants qui mettent la ville de Miami à feu et à sang viennent toujours de l'étranger, tandis que Mike Lowery (Will Smith) se voit toujours reprocher par son coéquipier Marcus Burnett (Martin Lawrence) sa conduite dangereuse. Après deux premiers films réalisés en 1995 et 2003 par Michael Bay, ce réalisateur qui pense qu'un bon plan doit durer moins de cinq secondes pour être efficace, voici que les «mauvais garçons» du département de police de la plus grande ville de Floride reprennent du service.

Dès le début de Bad Boys for Life, c'est justement sur le temps qui passe qu'insistent Adil El Arbi et Bilall Fallah, les deux réalisateurs belges qui se sont vus confier la mission de clore ce qui est désormais une trilogie – à moins que la scène post-générique de ce troisième volet ne soit annonciatrice d'un quatrième, ce que bien franchement on n'espère pas… Bref, après avoir fait ses armes à la télévision et réalisé son premier long métrage en 2014, le duo commence ici par montrer un Marcus devenu grand-père et bien décidé à prendre sa retraite, tandis que Mike le célibataire se teint le bouc sans pour autant admettre qu'il refuse de vieillir. Mais, un jour, il a véritablement été amoureux, confie-t-il néanmoins à son ami.

Dernier tour de piste

En parallèle, on assiste à la facile évasion, dans une prison de haute sécurité mexicaine, d'une détenue bien décidée à se venger, avec l'aide de son fils, de ceux qui de près ou de loin sont responsables de la mort de son narcotrafiquant de mari et de son arrestation. Mike figure en bonne place sur cette liste d'hommes à abattre. Mais évidemment, après avoir été pourtant criblé de balles, il va s'en sortir. Epaulant une brigade de nouveaux super-flics dans la fleur de l'âge, le voilà qui va dès lors poursuivre ceux qui le poursuivent. Tout en tentant de convaincre Marcus de rempiler, une dernière fois – «bad boys one last time…»

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Il y a vingt-cinq, le premier Bad Boys voyait Michael Bay abuser des filtres jaunes et bleus pour signer un thriller en forme de long clip halluciné et visuellement assez laid. Huit ans plus tard, avec un train de retard, Bay tentait vainement avec l'hyper-violent Bad Boys II de marcher sur les traces de John Woo, Johnnie To et Tsui Hark, ces trois cinéastes hongkongais qui avaient dans les années 1990 révolutionné le cinéma d'action. Arbi et Fallah se contentent, eux, de servir le récit, sans aucune prétention esthétique ou narrative. Leur Bad Boys for Life ressemble au final à un long épisode d'une série télé policière qu'on regarderait les yeux mi-clos faute d'avoir le courage de faire autre chose.

Netflix vient de mettre en ligne les deux premiers épisodes de la trilogie. Mais pourquoi donc ce troisième titre bénéficie-t-il d'une exploitation en salle, alors qu'une sortie en streaming aurait largement suffi?


Bad Boys for Life, d'Adil El Arbi et Bilall Fallah (Etats-Unis, Mexique, 2020), avec Will Smith, Martin Lawrence, Paola Nuñez, Vanessa Hudgens, 2h03.