Un goût d'inachevé. Fidèle à son nom d'emprunt («le garçon mal dessiné»), Badly Drawn Boy est un chantier permanent. Un artisan pop dont l'éternel bonnet de laine et le timbre voilé agissent comme autant de blindages dressés entre le public et son imaginaire expansif. Peu avare de ses talents, Damon Gough inonde depuis la fin des années 90 le marché du disque de chansons bâtardes, complaintes pop-folk aspirant à un classicisme que lui refusent encore ses idées fantasques.

Enregistrées en hâte, captées sur de piteux magnétophones, ses premières chansons évoquent alors les bricolages folk d'un Beck ou l'élégance loqueteuse d'un Elliott Smith. Cousins américains dont Damon Gough courtisera par la suite l'ingénieur du son Tom Rothrock, comme pour admettre enfin sa filiation transatlantique. Actif au mitan des années 90 à Manchester, l'homme y fonde le label Twisted Nerve (Doves, Clinic) et participe en 1997 à U.N.K.L.E., projet éphémère de James Lavelle et DJ Shadow. Ouvrage collectif au sein duquel sa voix nasale côtoie celles, monumentales, de Thom Yorke (Radiohead) ou Richard Ashcroft (The Verve). Tremplin soigné qui lui attire un début de renommée internationale. Remarqué par Nick Hornby, alors en plein travail sur l'adaptation cinématographique de son roman About A Boy, Badly Drawn Boy profite de s'affranchir, sur la bande originale du film, de cette image de héros lo-fi qui lui colle au bonnet.

Orchestrateur imaginatif, songwriter habile, l'homme réserve dès lors les aspects les plus dépouillés de son répertoire à la scène. Fréquemment seul à la guitare, Damon Gough redevient alors ce garçon mal dessiné dont les chansons subtilement crayonnées disent à mots couverts les petits et grands tourments de l'existence. Avec, toujours au bord des lèvres, ce petit rien de laisser-aller british qui lui garantit son aura d'admirable loser.

Ce soir, Chapiteau, 19 h 15.