Yannick Nézet-Séguin n’a pas son pareil pour galvaniser ses musiciens. Le chef québécois et l’Orchestre philharmonique de Rotterdam ont été vivement applaudis mardi soir au Victoria Hall de Genève, après un bis («Fête populaire») tiré de la musique du film Le Taon de Chostakovitch. L’élan communicatif, le frémissement des cordes, les bois tourbillonnants ont envoûté le public venu nombreux pour entendre l’un des chefs les plus cotés de la jeune génération.

De petite taille, plein de vitalité, cet homme chaleureux sait communiquer ses intentions à l’orchestre. Il plonge les bras vers les musiciens, partage des regards complices avec eux dans une volonté de faire de la musique de chambre à grande échelle. Car c’est ainsi que sonne l’Orchestre philharmonique de Rotterdam. On n’y trouvera pas le son riche et gras d’une formation russe ni les rutilances d’une phalange américaine. Les cordes graves conjuguent densité et velouté (un peu comme à l’Orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam), les violons et altos sont très disciplinés; on relève toutefois des imprécisions aux cuivres (notamment aux cors), tout en savourant les interventions dans la petite harmonie (la clarinette solo et la flûte solo).

Très bel équilibre des pupitres

Yannick Nézet-Séguin préconise un constant équilibre des pupitres. La tension monde graduellement dans l’introduction de la Fantaisie symphonique Francesca da Rimini de Tchaïkovski; il construit les crescendi par paliers, jusqu’au grand thème qui éclate sans être clinquant. Le meilleur se situe dans l’épisode médian, où l’on relève plein de finesses, cordes soyeuses, bois nostalgiques et gracieux. Ce mélange de souplesse et de tenue n’exclut pas des accents enfiévrés sur un ton narratif qui sied à cette musique au caractère descriptif.

Le Concerto pour violoncelle No 2 de Chostakovitch est une œuvre beaucoup plus sombre et austère. Sol Gabetta – en dépit d’une sonorité chaude – n’a pas tout à fait la carrure attendue. Elle se montre à son meilleur dans le mouvement à l’allure de danse sardonique au cœur de l’œuvre. Ici, elle ose des accents marqués, avec une certaine rugosité, alors qu’ailleurs, son instrument manque de projection sonore. Le dernier mouvement, ponctué d’une formule cadentielle purement classique, apaisante (une sorte de refrain), traîne quelque peu en longueur, comme si la musique tournait sans cesse sur elle-même. L’accompagnement très attentif de Yannick Nézet-Séguin (avec les solos de percussion) permet à la soliste de déployer une veine plus poétique que véritablement suffocante.

Yannick Nézet-Séguin exalte la dimension sereine et chantante de la 7e Symphonie de Prokofiev (rien à voir avec d’autres œuvres plus batailleuses du compositeur russe). Les phrases sont admirablement modelées, les textures aérées, avec un sens des couleurs et des climats. Cette œuvre sied très bien à un chef conjuguant élégance et énergie. Le mouvement lent est d’une expressivité éloquente et le finale, jovial, dégage une vitalité euphorisante. Le public a réservé un accueil très chaleureux au chef québécois et aux musiciens unis à ses côtés.