Non, le film ne lésine pas sur les pénis. Au repos ou au garde-à-vous, pris en main et en bouche. Dans L’Inconnu du lac, le sexe est central, mais l’essentiel est ailleurs. Dans les miroitements de l’eau, dans les branches de chêne frémissant sous le vent, dans le chassé-croisé des hommes en quête de plaisir. Le solitaire, le jaloux, le voyeur, le prédateur composent des figures simples et attachantes de la condition humaine. Seuls les puritains restent aveugles à la présence de l’invisible pour s’effaroucher d’une réalité peut-être dérangeante: la toute-puissance du désir

Franck vient tous les jours dans ce lieu de drague homosexuel. Il est attiré par le séduisant Michel. Au crépuscule, planqué dans les taillis du sous-bois, il surprend Michel en train de noyer son amant. Il ne dit rien. Il ment à l’inspecteur de police venu en­quêter, un personnage qui détonne puisqu’il est le seul à être vêtu. Franck est prêt à vivre sa passion jusqu’à la mort.

Sous le soleil, exactement, le lac, miroir du ciel; dans le lac, peut-être, la présence fantasma­tique d’un silure. La vie et la mort: L’Inconnu du lac s’articule à l’in­tersection de l’ombre et de la lumière. Alain Guiraudie, franc-tireur du cinéma d’auteur (Pas de repos pour les braves, Voici venu le temps, Le Roi de l’évasion), signe un thriller troublant qui unit dans ses eaux la grandeur du sentiment et la trivialité des organes. Un film qui rappelle les noirceurs rurales de Claude Chabrol, les ambiguïtés sentimentales du Boucher, les éblouissements lacustres délétères de L’Enfer. Ou, comme le résume justement son auteur, «une comédie en plein soleil qui se termine en cauchemar au milieu des ténèbres».

L’Inconnu du lac a fait sensation à Cannes. Plus tard, l’affiche du film, un dessin montrant deux hommes qui s’embrassent et, loin derrière, une fellation, a été cen­surée par des mairies de droite. Le scandale a fait long feu. Le cinéma a eu le dernier mot.

L’Inconnu du lac, d’Alain Guiraudie (France, 2013), avec Pierre Deladonchamps, Christophe Paou. 1h37.