exposition

Les «Baigneurs» en majesté

Le musée genevois fête l’un de ses trésors

Avant d’être présentée au Musée d’art et d’histoire de Genève, l’exposition Picasso à l’œuvre s’est arrêtée à Malaga en Espagne, à Münster en Allemagne et à Roubaix en France. L’étape genevoise n’était pas initialement programmée. Et pourtant, l’une des œuvres qui est l’objet des photographies les plus suggestives de Duncan était prêtée par le musée genevois. Il s’agit des Baigneurs à la Garoupe, un grand tableau de 1957 donné en 1984 par Marina Picasso.

La responsable du pôle beaux-arts du musée et les deux commissaires de l’exposition Duncan-Picasso ont heureusement réussi à s’entendre, avec l’appui de Claude Picasso, le fils de l’artiste qui a prêté de nombreuses œuvres, pour organiser à Genève une présentation particulière qui montre la place qu’occupent les Baigneurs à la Garoupe dans l’œuvre de Picasso et ce que ce tableau révèle de sa conception de la sculpture et de la peinture.

C’est l’un des moments forts de l’exposition. A quelques pas du tableau et des dessins préparatoires, les photographies qui montrent Picasso au travail font percevoir presque physiquement la relation que le peintre entretient avec sa toile.

Entre sculpture et peinture

Les Baigneurs à la Garoupe est une œuvre singulière. Un va-et-vient entre la peinture et la sculpture. Il existe en effet une version des personnages des Baigneurs qui est faite avec des bouts de bois dont ont été tirés des bronzes. Pendant la création de cet ensemble, qui n’a malheureusement pas pu être présenté dans sa totalité, Picasso n’a pas cessé de passer d’une technique à une autre. Tirant parti de la peinture pour découper les silhouettes qui deviendront des sculptures. Tirant parti des sculptures pour organiser sa peinture.

Dans la deuxième partie des années 1950, les photographies de Duncan en témoignent, Picasso est très occupé par le pliage des surfaces planes qui permettent de passer de deux à trois dimensions, et par les ombres portées qui permettent de passer de trois à deux dimensions. Les reportages de Duncan mettent en évidence ce franchissement permanent de la frontière artificielle entre peinture et sculpture.

S’il a réalisé des sculptures au sens traditionnel du terme, dont l’exposition genevoise propose quelques beaux exemples, Picasso a créé des œuvres qui ne peuvent être classées ni dans la peinture ni dans la sculpture dès la période cubiste et le début des années 1910. En donnant aux Baigneurs une place importante dans cette exposition, le musée genevois dit la place qu’ils occupent dans l’œuvre de Picasso et clame avec raison qu’il possède un trésor.

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