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«Quiconque a séché son cœur, qu’il l’abreuve à ce chef-d’œuvre, qu’il boive à cette coupe profonde un long trait de vie et de jeunesse», écrivait Michelet pour célébrer l’un des plus précieux trésors du patrimoine universel: le Ramayana , gigantesque épopée de 48 000 vers où une main homérique a rassemblé tous les rêves et toutes les sagesses dont a besoin l’humanité pour donner un sens à sa destinée. Cette main, c’est – probablement – celle de Valmiki, un ermite assez énigmatique qui aurait vécu au début de notre ère et qui – selon les hypothèses des spécialistes – aurait puisé dans la tradition orale de l’Inde pour composer en sanskrit les sept chants du Ramayana .

Les voici réédités en autant de volumes par Diane de Selliers qui, à ce monument, a ajouté des illustrations magnifiques: 700 miniatures réalisées entre le XVIe et le XIXe siècle afin de mettre en images les épisodes les plus marquants du Ramayana . Ces miniatures offrent un voyage éblouissant au cœur de l’art indien et il a fallu dix années à l’éditrice parisienne pour les dénicher dans le monde entier avant de les rassembler avec des commentaires précieux de la conservatrice du Musée Guimet, Amina Taha Hussein-Okada.

Le Ramayana, c’est tout à la fois l’un des creusets de l’hindouisme, un guide de chaque instant dans les foyers de l’Inde et de l’Asie du Sud-est, un puits de méditation philosophique, un poème sacré, une chanson de geste où se conjuguent le merveilleux et les légendes orientales. Au cœur de la fresque, la vie tumultueuse de Rama, la réincarnation du dieu Visnu. Modèle de droiture morale, prince chevaleresque et guerrier idéal, il parviendra à bander l’arc de Siva et, en échange, il pourra épouser Sita, parée elle aussi des plus nobles vertus. «Rama est profond comme l’océan, ferme comme l’Himalaya, héroïque comme Visnu, beau comme la lune, terrible dans sa colère comme les brassiers de la fin des temps, patient comme la Terre, généreux comme le Dispensateur de richesses», lit-on dans le premier chapitre, avant d’être entraîné dans un maelström d’aventures: la jeunesse de Rama dans le royaume paternel, son brutal exil à la suite d’intrigues de cour, son long séjour dans les forêts puis le rapt de Sita par Ravana, l’incarnation du démon. Ce monstre, Rama ira l’affronter sur son île avant de délivrer sa bien-aimée avec l’aide de Hanuman, le roi des singes et l’ami des cœurs purs… C’est la traduction jadis publiée dans la Pléiade – celle de Madeleine Biardeau et de Marie-Claude Porcher – que Diane de Selliers a reprise pour cette édition du Ramayana , qui «assure une longue vie, un heureux destin, et efface les péchés». Autant de raisons de se plonger tout l’hiver dans ce bain de jouvence, un «livre d’harmonie céleste» dont la lecture «pousse à se jeter sous la roue du char des dieux», disait Henri Michaux. Et Malraux ajoutait: « Le Ramayana emplit encore le rêve de l’Inde comme l’Olympe a rempli jadis celui de la Grèce.»

Ramayana de Valmiki, traduit du sanskrit par Madeleine Biardeau et Marie-Claude Porcher, 7 volumes, Diane de Selliers, 1700 p. Env. 1275 fr.