Quelques pierres exposées par-ci, une colonne dans un jardin par-là: peu de choses, à Augst, permettent de penser que sur son sol, dix-sept siècles auparavant, se dressait une ville de 20 000 habitants. Ce village de 800 âmes, dans le demi-canton de Bâle-Campagne, repose pourtant sur un des sites archéologiques les plus importants de Suisse: la ville romaine d'Augusta Raurica. Le Römermuseum, musée en plein air, ouvre en grande pompe ce dimanche une nouvelle attraction au public. Des thermes romains, découverts il y a à peine trois ans, viennent s'ajouter aux nombreuses ruines déjà offertes aux visiteurs. Directeur du musée et archéologue, le docteur Alex Furger en a dirigé les fouilles.

Le Temps: Quel est l'intérêt de cette découverte?

Alex Furger: D'une part, les bains donnent une indication nouvelle sur les structures de la ville. Après avoir mis en évidence, il y a quelques mois seulement, des dépôts de soufre à l'intérieur des bassins, on a pu conclure qu'il s'agissait de bains thérapeutiques. Nous ne savions pas alors que dans une ville de cette envergure, un particulier a pu faire des affaires avec des bains médicinaux. D'autre part, la visite des bains offre au public un moyen concret de découvrir la vie quotidienne des habitants d'Augusta Raurica.

– Comment conclure qu'il s'agissait de bains appartenant à un particulier?

– Il n'existe aucun écrit sur ces bains: seule l'étude de la structure architecturale du site nous indique sa nature. Contrairement aux autres exemples de bains découverts à Augusta Raurica, ceux-ci ne correspondent en rien à l'architecture stricte des bâtiments publics. En outre, ils sont trop grands pour une seule famille. Ils étaient donc vraisemblablement destinés aux riches marchands de la ville qui payaient pour prendre leur bain.

– Depuis combien de temps s'intéresse-t-on aux ruines d'Augusta Raurica?

– On fouille de manière scientifique sur le site depuis le XVIe siècle, mais jusqu'aux années 1930, on ne s'est concentré que sur les temples, théâtres et bâtiments administratifs. Ensuite, les archéologues ont commencé à s'intéresser aux ruines des ruelles des marchands et artisans. Depuis, on exécute systématiquement des fouilles de sauvetage lorsque de nouvelles constructions sont entreprises à Augst. Les ruines des bains ouverts dès dimanche ont été découvertes dans ce cadre.

– Combien coûte la mise en valeur d'un site de cette dimension?

– La rénovation de la citerne et des bains représente environ 500 000 francs, ce qui n'est pas très cher. La fouille dans son ensemble, qui concerne une surface trois fois plus étendue que le site rénové, a coûté environ 2 millions de francs, financés par le canton de Bâle-Campagne.

– Bains de soufre pour les notables, bains de vapeur, chauffage au sol. Qu'est-il resté de ce luxe après la chute de l'Empire?

– Pas grand-chose! Dans tous les aspects de la société, culturels comme techniques, on assiste à une véritable rupture entre l'époque romaine tardive et le haut Moyen Age. C'est un phénomène étonnant, les Alamans par exemple ne construisaient plus de fenêtre avec des vitres et il ne semble pas qu'ils se soient intéressés à quelque aspect de la vie luxueuse développée par les Romains. De plus, l'étude des ossements de bétail permet de prouver que les Romains parvenaient à élever des bêtes plus grandes et plus saines que leurs successeurs.

Römerfest 2000, Römermuseum, Augst. Di 27 août de 10 à 17h, rens. au 061/816 22 22.