Spectacle

Le bal des fauves au Palais des Papes

Stanislas Nordey, Emmanuelle Béart, Jacques Weber se déchirent dans «Architecture» de l’auteur et metteur en scène Pascal Rambert. Le spectacle aurait pu être légendaire, mais il s’épuise hélas

Au Palais des Papes, on est passé tout près d’un coup de maître. L’auteur Pascal Rambert possède le panache qui sied au sanctuaire d’Avignon, à sa légende et à ses gradins gorgés d’impatience – deux mille têtes dans les replis de la nuit. Il a écrit pour le festival Architecture, un texte à la façon de Luchino Visconti ou de Thomas Mann. La chute d’une famille où des enfants déjà adultes, chacun artiste à sa façon, secouent le joug d’un patriarche, architecte colossal incarné par Jacques Weber.

Sur toute l’étendue de la scène, ils sont là, fils, filles, maîtresse de ce titan fêlé. Ils parcourent l’Europe, celle d’avant 14 qui pue déjà les chrysanthèmes. En croisière, Mesdames et Messieurs, cap sur le Parthénon! Jacques (Jacques Weber) le bâtisseur fulmine contre Stanislas (Stanislas Nordey), l’enfant rebelle qui porte le secret de son homosexualité. La tribu chavire, de névroses en rancœurs.

On pense au film Festen de Thomas Vinterberg. Architecture est un festin cru servi par des acteurs magnifiques quand ils en servent le poison sombre. Comment ne pas admirer la jeunesse froissée de Stanislas Nordey, les prophéties de cette pythie d’Audrey Bonnet, la liberté raisonnée d’Emmanuelle Béart, la vanité timbrée de Laurent Poitrenaux, le vibrato de l’incomparable Marie-Sophie Ferdane? Comment ne pas saluer les rugissements au crépuscule de Jacques Weber?

Un pas de côté postmoderne

Ces fauves devraient vous emporter dans leurs crocs. Ce n’est pas le cas, faute à un Pascal Rambert qui aurait gagné, parfois, à resserrer ses monologues, autant de pâtures offertes à la meute. Mais il y a plus contestable: la structure même de la pièce.

Dans la deuxième partie, l’écrivain et metteur en scène projette son propos de l’autre côté du miroir. On change d’époque et de dimension. Les acteurs, toujours attablés, cogitent sur une fin qui a à voir avec notre présent troublé. Devant chacun d’eux, un ordinateur portable. C’est le pas de côté postmoderne de Pascal Rambert. Les bêtes de scène ont alors beau feuler, la parole se décharge de cette nécessité qui la rendait précieuse avant l’entracte. L’auteur expose sa boîte à outils de tragédien. On aurait préféré qu’il aille jusqu’au bout du panache: penser le catastrophisme ambiant à partir d’une forme classique, sans céder à l’air du temps, ce qu’on appellera l’académisme contemporain.


Architecture, Festival d’Avignon, jusqu’au 13 juillet; Renseignements sur le site du festival.

Publicité