«Il n’avait vraiment pas l’air d’un tueur. Les tueurs n’en ont jamais l’air», relève Arpad Soltesz dans Le Bal des porcs. Voilà qui résume bien l’ironie froide de ce roman noir inspiré par la réalité de ce que l’auteur – journaliste d’investigation slovaque spécialisé dans le crime organisé – nomme le «Joli petit pays sous la minuscule chaîne de hautes montagnes». Une région «qui pourrait bien être la Slovaquie mais qui ne l’est pas vraiment», précise Arpad Soltesz en exergue. Pas besoin d’en dire plus, on l’a compris. Ce livre est à prendre au mot et à la lettre.

Mauvais cafés

Le roman s’ouvre avec l’évocation d’un centre de désintoxication où les adolescentes, après avoir été maltraitées et violentées, disparaissent sans que personne ne s’en inquiète. La suite du livre s’attache à décrire et dénoncer le contexte criminel qui permet à un tel lieu d’exister au vu et au su des politiciens comme de la police, de la justice et des services secrets.

Le Bal des porcs se présente comme un récit picaresque jalonné par la dégustation de cafés exécrables. Les chapitres se succèdent comme autant de coups de projecteurs sur des faits préalablement résumés dans une courte introduction. On y annonce par exemple que «Le ministre joint l’utile à l’agréable et aide à attraper un voleur» ou que «Schlesinger fait confiance à son indic, mais ce n’est pas là sa plus grande erreur». Malgré ces précautions, le lecteur parfois s’égare, ne sachant plus toujours qui est qui et qui fait quoi dans ce détricotage de magouilles et d’horreurs où s’invitent aussi bien la mafia calabraise que les truands albanais.

Galerie de voyous

Peu importe cependant si l’on ne saisit pas tout. Plus qu’une histoire au sens traditionnel, Le Bal des porcs se présente comme une édifiante galerie de portraits de voyous et de criminels agissant à tous les niveaux de la société. On y croise Porcelet, Marron, Doudou, le Chauve, Président, Boulier, l’impitoyable et froid tueur Casse-Dalle, le colonel Valent dit le Barge qui, dans son costume, «fait l’effet d’un ours sur un scooter». Face à eux, des journalistes d’investigation très motivés mais qui ne parviennent pas toujours à prouver ce qu’ils découvrent. Au péril de leur vie parfois, et de celle de leurs proches. Toute ressemblance avec l’assassinat du journaliste slovaque Jan Kuciak et de sa fiancée en 2018 n’est bien sûr pas fortuite. Et ce roman prend une actualité particulièrement tragique alors que l’on a appris récemment l’acquittement du commanditaire présumé du double homicide.


Policier
Arpad Soltesz
Le Bal des porcs
Traduit du slovaque par Barbora Faure
Agullo, 394 pages