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Quick et Flupke dans leur quartier des Marolles, rue Blaes, à Bruxelles.
© visit.brussels-Jean-Paul Remy/Hergé-Moulinsart

Bande dessinée

Balade dans les bulles belges

Bruxelles mise sur la bande dessinée pour son attrait touristique, mais elle en est aussi un pôle culturel, éditorial, de formation et d’émulation. Reportage

Sous la figure tutélaire de Gaston Lagaffe, dont on fête les 60 ans cette année, la ville de Bruxelles s’apprête à faire la fête à la bande dessinée, le premier week-end de septembre. Mais si vos envies estivales vous conduisent vers la capitale belge et européenne pour une mise en jambes avant le festival BDFIL à Lausanne (14-18 septembre), Bruxelles reste aussi, c’est incontestable, la capitale de la BD tout au long de l’année. Musées, galeries, expositions, librairies spécialisées à foison, parcours dessiné dans la ville: elle est partout.

La plupart des poids lourds de la bande dessinée franco-belge classique sont nés dans le Plat Pays: Tintin et Spirou, avec les magazines éponymes créés autour d’eux, Lucy Luke, Blake et Mortimer, les Schtroumpfs, Gaston, Le Chat plus récemment ou, côté flamand, le phénomène Bob et Bobette. Une exception de taille: le Français, pardon le Gaulois Astérix. Une exposition ludique lui est d’ailleurs consacrée au CBBD (Centre belge de la bande dessinée), jusqu’au 3 septembre, avec une autre exposition dédiée à l’Italien Gipi. Le scénariste polymorphe Zidrou (Tamara, Boule à zéro) est aussi à l’honneur jusqu’au 31 décembre et, dès le 19 septembre, ce sera au tour de la nouvelle BD flamande, jusqu’en juin 2018.

Fresque à la gloire de Corto

Dans une tout autre approche, le MIMA (Millenium Iconoclast Museum of Art), ouvert en 2016, entend explorer «l’histoire de la culture 2.0», les réseaux sociaux, la culture urbaine. Tout un programme… Installé dans une ancienne brasserie au bord du canal Bruxelles-Charleroi, à l’orée du quartier de Molenbeek, il n’a pas tardé à se tourner du côté de la BD avec une exposition souvent déconcertante, Art Is Comic (jusqu’au 31 décembre). Des auteurs du nord au sud de l’Europe, dont les Belges Brecht Evens et Brecht Vandenbroucke, toujours aux frontières des genres, «qu’on ne sait pas vraiment catégoriser, qui rebattent les codes et qui ont souvent un impact colossal sur les réseaux sociaux». L’Espagnol Joan Cornellà revendique 4,5 millions d’abonnés sur Facebook et 1,5 million sur Instagram!

Pas loin du MIMA, sur l’autre rive du canal, une spectaculaire fresque de plus de 800 m2 pérennise la gloire de Corto Maltese – l’élégant marin de Hugo Pratt – et sa goélette, dans les embruns, contraste avec les péniches amarrées devant elle. C’est la plus grande des soixante peintures murales monumentales de bande dessinée disséminées dans la ville, qui jalonnent un parcours surprenant, modulable en fonction des dessinateurs préférés ou de l’énergie des promeneurs… Depuis 1991, leur nombre s’accroît régulièrement: cet été, l’association Art mural ouvre le chantier d’une œuvre du Flamand Brecht Evens et un prochain projet sera attribué à la Bruxelloise Dominique Goblet. Les réalisations font l’objet de contrats de quartiers avec les autorités communales et régionales et des conventions de dix à quinze ans renouvelables sont passées avec les propriétaires des murs et pignons aveugles qui accueilleront la fresque.

Petit air helvétique

Le trompe-l’œil va parfois très loin. Le célèbre mur de briques de La Marque jaune (Blake et Mortimer) ne se distingue qu’à peine des façades similaires d’un immeuble ancien, ou une composition de Laurent Verron inclut une moitié du Palais de justice qui, si l’on se place au bon endroit, s’accole à l’autre moitié, réelle sous ses éternels échafaudages, dans la perspective de la rue. Ailleurs, le chien Cubitus mime de façon éhontée le Manneken-Pis, alors que la fée Isabelle, de Will, peu appréciée dit-on par les habitants du quartier, est régulièrement graffitée. Ailleurs encore, un petit air helvétique souffle avec Titeuf, Le Scorpion et Yakari, de Zep, Marini et Derib. Sans parler des stations de métro et gares ferroviaires où Tintin et ses compagnons déambulent et où François Schuiten enterre ses Cités obscures. Et pour les tintinophiles, un détour s’impose par le Vieux Marché de la place du Jeu-de-Balle, là où Tintin découvre le vieux voilier qui amorce l’intrigue du Secret de la Licorne.

La 8e Fête de la BD, enfin, est à un tournant, avec l’engagement accru des autorités politiques de la Ville, de la Région Bruxelles-Capitale et des éditeurs, et une volonté plus internationale avec un pavillon réunissant les délégations de 19 pays. Tout en maintenant son aspect festif et les traditionnels défilés et attractions pour les enfants, la manifestation intensifie son caractère culturel avec des expositions, des conférences, des spectacles, la présence de nombreux auteurs et la remise de prix d’aide à la création dotés de 100 000 euros au total. Sans oublier la présence de Zep, avec A fond le slip!, son tout nouveau Titeuf, qui sort le 31 août.


Fête de la BD, Bruxelles, du 1er au 3 septembre. Dépliants et guides autour de la BD disponibles sur le site de l’Office du tourisme. Les Editions Versant Sud publient «La BD dans la ville», un guide actualisé des fresques et autres curiosités, et «Bruxelles dans la BD-La BD dans Bruxelles», qui ajoute un itinéraire illustré par des cases de BD utilisant des sites de la capitale comme décors.


Pourquoi la Belgique?

Trois dessinateurs romands disent pourquoi ils ont passé par la case Bruxelles… ou y sont restés

Léonie Bischoff, 36 ans, a adapté deux des polars de la célèbre romancière suédoise Camilla Läckberg. La Genevoise a suivi le cursus BD de la réputée Ecole supérieure des arts Saint-Luc de 2002 à 2005 puis est revenue à Bruxelles, où elle vit depuis 2010: «J’ai fait une maturité artistique à Genève, mais à l’époque, il n’y avait pas d’options aux Arts déco ou aux Beaux-Arts, et j’ai donc passé le concours d’entrée pour Saint-Luc. Après ma licence et une période en Suisse et en France, je suis revenue à Bruxelles, où je travaille à l’Atelier Mille, avec sept autres dessinateurs. La BD est un métier qu’on peut faire partout, mais ici tout se fait naturellement, l’aspect réseaux est très développé, on est en lien avec les autres ateliers, les libraires nous mettent en contact entre nous, il y a une vraie communauté. En outre, c’est sans doute la seule capitale où on peut vivre en faisant de la BD, la vie y étant nettement moins chère.»

Dernier album paru: Le Prédicateur, roman de Camilla Läckberg adapté avec Olivier Bocquet (Ed. Casterman). A venir: elle a terminé le dessin d’une troisième adaptation de la série Le Tailleur de pierre, à paraître en 2018, et travaille sur un volume de la Petite Bédéthèque des savoirs (Ed. Le Lombard), consacré à la Bible. A collaboré au troisième numéro de La Bûche, collectif de dessinatrices qui sera verni durant BDFIL.

Une adresse à Bruxelles: Le Centre culturel du Botanique, 236, rue Royale, tant pour le lieu magique – le site des serres de l’ancien Jardin botanique – que pour la programmation des concerts et expositions qui s’y déroulent.

Sacha Georg, maturité artistique genevoise en poche, part à Bruxelles pour entrer à l’ERG (Ecole de recherche graphique), un des cinq instituts de Saint-Luc, dont il sort diplômé en 2000:«Au départ, ce n’était pas forcément pour faire de la BD, je me suis tourné aussi vers la peinture ou la vidéo. Mais mon projet final portait sur la microédition de BD, nous étions dans le courant des fanzines et en sortant de l’école, nous nous sommes regroupés en atelier et fondé les Editions de L’Employé du moi, tout en étant très actifs dans la bande dessinée en ligne. Il existe à Bruxelles une vraie communauté de créateurs et de petites maisons d’édition, et la ville a toujours cette aura autour de la BD et une dynamique certaine, même s’il ne faut pas non plus l’exagérer. En outre, ici, il est facile de se débrouiller, les loyers sont abordables et on trouve facilement un logement.»

Aujourd’hui, à 42 ans, il est père de deux enfants et, en pleins travaux dans une maison qu’il vient d’acheter avec sa compagne, il n’est visiblement pas près de quitter la capitale de la BD.

Dernier album paru: Nu (Ed. L’Employé du moi). A venir: publication en cours du Meilleur des mondes possibles dans la revue Topo, avec Stéphane Melchior, et projet d’adaptation chez Gallimard.

Une adresse à Bruxelles: près de chez lui, la place Cardinal-Mercier, dans la commune de Jette, que même beaucoup de Bruxellois ne connaissent pas, avec sa friterie, un bar et des bistros sympas, ainsi que sa gare de brique rouge datant du XIXe siècle.

Claude Derib, lui, est monté à Bruxelles il y a plus de 50 ans, en 1964. A sa grande joie, il est mis en contact avec Peyo, dont il deviendra l’assistant pendant deux ans: «A l’époque, en Suisse, la BD n’existait pas, et Bruxelles était la Mecque de la bande dessinée, où de nombreux contacts étaient possibles. Elle est restée centrale pour moi, et elle est toujours un vivier de dessinateurs.»

Dernier album paru: Le Jour du silence, 39e tome des aventures de Yakari, avec le scénariste Joris Chamblain, qui remplace Job (Ed. Le Lombard). A venir: il planche sur une biographie de Ferdinand Hodler et un album sur la Patrouille des glaciers, qui reprendra les personnages de son Tu seras reine.

Une adresse à Bruxelles: le Centre belge de la BD, 20, rue des Sables, pour voir des planches et des dessins originaux. Un passage obligé pour les néophytes, notamment, et pour les enfants.

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