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Balade sans merci à Genève

Une sœur emmène son frère vers un lieu mystérieux. Un pompiste joue les passeurs d’âmes. Le trio glace et séduit. Au Poche, jusqu’au 11 mars

Une maîtrise de la mise en scène et une beauté plastique rares au service d’un propos très noir. C’est ainsi que l’on peut définir Bois impériaux, à voir ces jours au Poche, à Genève. Une production qui aborde un sujet pesant – la libération par la mort – sur un mode haletant. On est captivé par Maëlys Ricordeau, Maxime Gorbatchevsky et Antonio Buil, qui jouent une fratrie en roue libre et un pompiste, passeur d’âmes. Mais on se sent aussi pris au piège parfois, car la situation va très loin dans le désarroi.

Vous avez envie de vous réchauffer? Allez voir Le Mariage de Figaro à la Comédie de Genève qui, dit-on, a trouvé son rythme depuis la première. Si vous plongez dans les Bois impériaux du Poche, vous en ressortirez séduit, mais plus transi qu’à votre arrivée. C’est que la jeune Française Pauline Peyrade, dont on avait déjà apprécié Ctrl-X, au Poche, a la balade sans merci et que Céleste Germe, à la mise en scène, n’étouffe pas le cri.

L’histoire? Irina conduit son frère Johannes chez des gens qui ont accepté de les héberger. En chemin, elle s’arrête faire le plein (d’essence et de Dragibus) et noue une drôle de relation avec le pompiste. Entre protection et provocation. Pendant le road trip, on découvre qu’Irina est aussi hôtesse de téléphone rose, un exercice dont les apostrophes masculines sont plus glauques que roses…

Quelle est l’issue?

Et si la sœur emmenait son frère dans un lieu dont on ne revient pas? Question de briser le mal-être de cet être démuni et la codépendance qui règne entre elle et lui? On laissera le public trancher. Ce qui est sûr, c’est que la scène d’ouverture qui restitue la fin – un choix de la metteuse en scène – dit le choc profond. Irina, brin d’herbe, une lumière dans le visage, tremble, pleure, se fait un café, a du mal à respirer. Elle est assise au pied d’un canapé, se roule une cigarette et se remet à pleurer. Prenant.

Derrière elle, une pénombre d’où émergent des miroirs placés en regard. Tout au long de l’action, ce palais des glaces aux reflets démultipliés traduit parfaitement la confusion. Les sons et les images jouent aussi leur partition. Vidéos de sous-bois squelettiques ou de voitures fantômes (Flavie Trichet-Lespagnol), rayons laser qui strient l’espace et enseignes lumineuses (Sébastien Lefèvre): la scénographie (James Brandily) et la bande-son (Jacob Stambach) renforcent l’impression d’hostilité que le jeu au cordeau, implacable, installe. C’est impérial, mais c’est glacial.


Bois impériaux, jusqu’au 11 mars. Poche/GVE, 1h20. www.poche---gve.ch 

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