Art Basel

A Bâle, tout commence par les Prix

Avant l’ouverture au public d’Art Basel, toute une série d’encouragements aux artistes de Suisse – et aux autres professionnels de l’art et du design – sont remis les deux premiers jours de la semaine. A commencer par les Swiss Art et Swiss Design Awards

Si les Swiss Art Awards font partie de vos rendez-vous bâlois immanquables, commençons par un renseignement utile: l’exposition a déménagé. Vous la trouverez Halle 3, derrière Art Unlimited. Alors que les Swiss Design Awards, qui avaient testé cet espace plus élégant mais un peu retiré de la Messeplatz l’an dernier, les surplombent sur une longue coursive.

Le bureau Conen Sigl Architekten, lauréat de la section architecture en 2015, a disposé la cinquantaine de propositions artistiques nominées (pour 340 dossiers) pour les Swiss Art Awards. Les 17 nominés (sur 193 candidats) des Prix Kiefer Hablitzel, réservés aux moins de trente ans, occupant le fond de la halle. Les espaces sont bien délimités sans qu’on ait trop l’impression de passer d’une boîte blanche à une boîte noire de projection.

Porte fermée

La boîte, le secret, la rumeur… ce sont les éléments du dispositif de la Biennoise Florence Jung, qui nous laisse devant une porte fermée. Mais l’est-elle vraiment? Depuis Barbe-Bleue au moins, on sait que la curiosité est un défaut nécessaire. Ce n’est pas moins vrai dans l’art que dans la vie. L’œuvre de Florence Jung naît ainsi de sa fréquentation et des histoires qui se colportent à partir de presque rien. Cette petite magie lui a valu un Swiss Art Award.

La narration est aussi au cœur de l’installation de Micha Zweifel. Cet autre lauréat nous emmène dans un labyrinthe délicatement coloré, enchaînement sans discontinuité d’espaces incertains, entre dépôt, agence d’on ne sait quoi, salle d’attente… où tout intrigue, où les objets disposés ont des statuts aussi flous que les espaces eux-mêmes. Et là, de nouveau, des histoires naissent, qui ne sont pas données par l’artiste, qui vit à Rotterdam.

Chacun son chemin

Des mythologies rock ont inséminé l’installation de Tobias Madison, de Frank Zappa aux Britanniques the Jesus and Mary Chain. Mais c’est surtout la grande poupée de chiffon posée sur un fauteuil roulant qui donne sens au tout, dissertant autour de l’opposition entre stupidité et intelligence ou entre animal et humain.

Plusieurs des lauréats ont cette qualité de créer des œuvres subtiles, qui permettent à chacun de trouver son chemin. C’est le cas des compositions photographiques de Manon Wertenbroek, la plus jeune des lauréats, née en 1991, qui vit entre Lausanne et Paris. Elle capte des gestuelles, des postures de son entourage pour des portraits quasiment abstraits. Elle les crée à partir de papiers miroir qu’elle découpe, grave, illumine de couleurs projetées depuis un écran d’ordinateur, avant de les photographier.

Les photographies d’Anne Hildbrand, qui vit à Lausanne, sont issues d’une collection de diapositives qu’elle a commencée en 2009. Une quinzaine de tirages au format vertical, aucun sujet n’étant clairement identifiable, non pas qu’ils soient flous, mais parce que les cadrages, les renversements, les changements d’échelle nous font perdre tout repère. Sans doute ici sommes-nous dans la rue, ici dans un bâtiment industriel, là encore dans un escalier, mais la série éclate les possibles.

Des mégots-baguettes

Les pièces disposées dans son espace par Jean-Charles de Quillacq ont l’air de pas grand-chose au premier coup d’œil. On en conçoit le principe figuratif que dans un second temps, tant il est improbable. Si modeler en résine synthétique un mégot de cigarette ou une baguette de pain, c’est travailler un peu les mêmes formes et les mêmes couleurs, pourquoi ne pas les fusionner? Et voilà des mégots-baguettes écrasés au coin de l’exposition. Un peu moins probant, le tuyau chocolaté. Cela tient sans doute du gag visuel, mais c’est aussi une interrogation sur l’apparence des objets.

Onze lauréats des Swiss Art Awards se sont vus attribuer 25 000 francs chacun. De son côté, le jury des Prix de la Fondation Kiefer Hablitzel a attribué cinq prix de 15 000 francs et cinq de 10 000 francs. Parmi nos coups de cœur, les huiles aux consistances veloutées de Gritli Faulhaber, le paravent en savon de Marta Margnetti, et la composition de Judith Kakon, mêlant une série de dattes en verre brun soufflé et des autocollants reprenant des conversations que l’artiste a eues sur le site d’e-commerce Alibaba.

Prix Meret Oppenheim

La Halle 3 permet aussi de faire connaissance, grâce à des portraits vidéo, avec les Grands Prix suisses d’art / Prix Meret Oppenheim, remis cette année à trois personnalités zurichoises, l’artiste Daniela Keiser, l’architecte Peter Märkli et le curateur, auteur et éditeur Philip Ursprung.

Signalons aussi qu’un tour à Liste, la plus ancienne des foires qui se sont greffées sur Art Basel, ouverte dès ce mardi, permettra de découvrir les étranges huiles d’Andriu Deplazes, sortes de paradis défaits, un peu malsains, peuplés de personnages avachis qui se seraient lassés de l’éternité. Le jeune artiste zurichois, installé à Bruxelles, a reçu le Prix Helvetia.


Swiss Art Awards, Halle 3, Messeplatz, Bâle, jusqu’au 18 juin.

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