Le Temps: – Comment passe-t-on de la plus grande foire d'art à la plus grande foire du livre?

Lorenzo Rudolf: – Je n'avais jamais pensé à devenir directeur de la Foire du livre. Mais quand on reçoit une telle offre, on est obligé d'y réfléchir. C'est un défi. J'ai le cœur déchiré de quitter Bâle, parce que je quitte une partie de moi-même. Cela dit, en allant à Francfort, j'aurai enfin l'occasion de venir admirer Art Basel sereinement. Entre ces deux foires mondiales, consacrées à l'art et au livre, il y a des points communs. Ainsi, les grandes maisons essaient de faire main basse sur le marché, et les petites essaient de survivre. A Bâle, nous avons dû faire face à une situation de ce genre avec les sociétés de ventes aux enchères et les galeries.

– L'édition est une industrie, le marché de l'art, non. A Bâle, vous pouviez avoir une relation personnelle avec tous les exposants.

– A Francfort, il y a des milliers d'exposants alors qu'il y en a 250 à Bâle. Mais le livre est aussi un domaine personnalisé. La relation entre l'éditeur et l'écrivain reste une relation personnelle.

– Le support papier est menacé par le livre numérique et la librairie traditionnelle par la vente sur Internet. Cela entre-t-il dans les paramètres que vous examinez?

– C'est une menace, bien sûr. Mais le livre a résisté à d'autres menaces techniques comme le film ou la télévision… Il faut être attentif à ces innovations technologiques non pour craindre leur concurrence, mais pour les utiliser. Ce qui est certain, c'est que les nouveaux moyens de communication facilitent et accélèrent les rapports entre les producteurs et les acheteurs. De ce fait, ils auront et ils ont de moins en moins de raisons pratiques de venir dans ces foires – c'est vrai pour les arts plastiques comme pour le livre. Les foires doivent donc évoluer et devenir des espaces de rencontres, et d'émotions.