Sa forme massive, ses murs rugueux faits de gravillons extraits des terrains vagues des alentours, son site, une zone ingrate de la périphérie de Bâle, soulignent énergiquement la vocation du bâtiment: rien d'autre qu'un dépôt. Mais un dépôt pour l'art qui abrite la collection de la Fondation Emanuel Hoffmann. Or, dans sa deuxième saison d'exploitation, c'est le travail de ses propres architectes que le Schaulager invite à découvrir. Œuvre dans l'œuvre et sur l'œuvre, Herzog & de Meuron N° 250 (chacun des travaux du bureau, maison, plan d'urbanisme, projet ou exposition, porte un numéro) met en scène, fort élégamment, vingt-cinq ans d'un parcours de constructeurs.

Institution toute jeune, le Schaulager a immédiatement pris place parmi les grandes maisons bâloises dédiées à l'art. Dont il se distingue pourtant par deux différences importantes: le lieu est d'abord consacré à la conservation et à l'étude de l'art contemporain; en outre, la présentation d'œuvres, celle de Dieter Roth l'an passé, celle de Herzog & de Meuron aujourd'hui, ne constitue pas la finalité première mais vient à l'appui de la recherche et de la réflexion. Et c'est bien à une réflexion en forme de vaste installation que procèdent les célèbres architectes, à laquelle ils convient le public.

Leur ambition: décrire les processus de création, approcher au plus près de l'insaisissable, c'est-à-dire de la naissance de l'œuvre. Montrer ce qui l'inspire, la féconde, l'alimente, décrire les étapes de l'élaboration qui conduit à la construction, parfois aussi à son abandon ou à l'échec. Que l'œuvre prenne forme ou tourne court, tout contribue à une forme de connaissance particulière à laquelle l'exposition tente d'introduire.

La naissance de la forme, à la fois familière et savante, choisie pour le stade de Pékin que le bureau Herzog & de Meuron construit pour les Jeux olympiques de 2008 est présentée par une série de maquettes de l'œuvre décortiquée. Elles résument par approches successives son évidente parenté avec le panier chinois traditionnel; mais aussi, en montrant comme un véritable tressage l'enchevêtrement des poutres, elles soulignent sa très contemporaine complexité technique. Et disent de manière fascinante comment monde ancien et monde contemporain se renouvellent en rassemblant leurs savoirs.

Ni plans, ni présentation de bâtiments terminés; en revanche, on découvre les traces soigneusement conservées des expériences qui ont jalonné le chemin des architectes. «C'est ce qui reste sur la plage une fois le travail achevé, des débris que nous aimons et haïssons à la fois, car ils témoignent des difficultés que nous avons eues à surmonter», explique Jacques Herzog, auteur de l'exposition avec Theodora Vischer, la directrice du Schaulager. «Ces vestiges, nous les avons jetés là, sans souci chronologique, sur des tables, comme sur un marché», assure-t-il. Cette coquetterie appelle le sourire: rien de jeté ni d'aléatoire dans la disposition des différents éléments de l'exposition. Mais au contraire une méticuleuse précision dans l'ensemble et le détail, chaque «débris» magnifié par une mise en scène ajustée à l'ampleur et la beauté du lieu.

Sur une table, disposés selon un rythme lumineux et coloré, des Sweet Dreams (Doux rêves), moulés dans la substance translucide des bonbons Ricola, reproduisent les outils préhistoriques extraits des fouilles des bâtiments construits pour l'entreprise. L'installation dit l'importance de l'élaboration par le jeu, le rêve, la sensualité et l'imagination. En passant, elle souligne la part plastique du travail des architectes – «mais nous ne sommes pas des artistes», affirme Jacques Herzog, tout en se demandant: «Où est la ligne de démarcation?» Enfin, elle se réfère à l'importance des recherches de matériaux «qui sont nos notes et nos manuscrits».

L'ouverture au contexte géologique, géographique, culturel fait de chaque bâtiment Herzog & de Meuron un objet spécifique et non l'illustration d'un style. Cette confrontation à une réalité chaque fois nouvelle est portée aujourd'hui à son comble en Chine où d'immenses projets leur sont confiés, parmi lesquels le plan d'urbanisme ainsi que la construction en deux ans d'un centre commercial, culturel et de loisirs pour 100 000 habitants à Jinhua, une ville du Sud. «Pour apprendre cette culture et parvenir à communiquer, nous nous sommes associés à un grand artiste chinois, Ai Weiwei. C'est l'art qui fera le pont.»

Pour dire comment les bâtiments de Herzog & de Meuron sont perçus et vécus, les architectes ont cédé, dans le même esprit, la place aux vidéastes Zilla Leutenegger, Armin Linke et Ai Weiwei ainsi qu'aux photographes-plasticiens Andreas Gursky et Thomas Ruff. Illustration d'une méthode qui fait de la collaboration avec des artistes une nourriture vitale et où apprendre et donner forme ne font qu'un.

 

Herzog & de Meuron n° 250. Une exposition Schaulager (Fondation Laurenz), Münchenstein (BS), Ruchfeldstrasse, 19. Ma, me, ve: 12h-18h; je: 12h-19h; sa, di, 1er août: 10h-17h, jusqu'au 12 sept. Rens.: tél. 061/335 32 32, http://www.schaulager.org