Elle est originaire d'Allemagne de l'Est, elle était comédienne avant de se lancer dans le management culturel et de diriger les Ateliers littéraires de Berlin. Agée de 46 ans, elle est blonde, menue, souriante et confiante: Margrit Manz arrive sur les bords du Rhin bien décidée à y amener également les écrivains du monde entier – et à trouver l'argent qu'il faut pour cela. Car c'est elle qui a été nommée directrice de la Maison littéraire qui s'ouvre le 7 avril au cœur de Bâle, à deux pas de l'Hôtel de Ville.

Les locaux se situent dans un bel immeuble années 30, où voisinent différentes associations culturelles et un café très «tendance», ceci en signe d'ouverture et d'intégration dans le tissu urbain. Soit une situation idéale pour Margrit Manz, qui souhaite relier le plus possible la littérature aux autres arts et collaborer avec les théâtres, les éditeurs, voire les musées. Ainsi, le 25 mai prochain, elle organisera à la Fondation Beyeler une discussion avec un auteur et un historien de l'art autour de Mark Tobey, peintre américain mort à Bâle.

C'est un groupe d'écrivains formé de Matthyas Jenny (le père de Zoë), Verena Stössinger et Martin R. Dean qui a lancé l'idée d'une Maison littéraire à Bâle. Leur rêve est devenu réalité grâce à l'engagement de la Fondation Christoph-Merian, qui a offert 1,7 million de francs pour le lancement du projet. Cette somme assurera les quatre premières années de fonctionnement de la nouvelle institution, soutenue également par la Ville de Bâle.

En gage d'ouverture alémanique, on trouve dans le comité de direction Charles Linsmayer, journaliste culturel au Bund de Berne, et Nicolas Baerlocher, responsable d'expositions littéraires au Museum Strauhof pour la Ville de Zurich. En plus de bureaux et d'une salle de manifestations, Margrit Manz dispose d'un appartement destiné à accueillir des écrivains en résidence.

Le premier arrivera le 15 mai et restera jusqu'au 10 août. Il s'agit du Yougoslave Aleksandar Tisma, lauréat d'un Prix pour la tolérance en 1996. Le 17 mai, il dialoguera face au public avec le psychanalyste zurichois – qui a vécu en Slovénie – Paul Parin. Lui succédera (jusqu'au 15 novembre) Herta Müller, écrivain d'origine roumaine qui vit à Berlin depuis 1987. Par ailleurs, Margrit Manz compte bien profiter de la situation géographique de Bâle pour stimuler les dialogues par-delà la frontière. Ainsi, elle accueillera le 18 avril Anne Cuneo et, le 26 mai, la Française Noëlle Châtelet.

Pour la fête d'ouverture, elle a choisi comme invitée d'honneur Erica Pedretti, artiste et écrivain née en République tchèque et vivant à La Neuveville (BE). Si l'on compte encore une soirée russe et l'attention aux dialectes alémaniques, on comprend que Margrit Manz entend diriger une Maison de la littérature qui sera également celle des langues.

Literaturhaus Basel, Gerbergasse 30, tél. 061/ 261 29 50. Inauguration le 7 avril dès 19 h.

A 20 h se déroulera une discussion entre Erica Pedretti (La Neuveville) et Eva Schmidt (Vienne). Le Theater Basel offrira un «Nachtcafé» dès 23 h.

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