Il n'y a probablement que l'Exposition universelle d'Aichi pour offrir une telle scène. A un visiteur européen jusqu'au bout des ongles, une jeune Japonaise explique les détails et la signification de croix irlandaises, mélange de réminiscences celtiques et de foi chrétienne. «En haut, vous voyez le Christ, vous comprenez, au-dessus il va au paradis, et dessous, des scènes illustrées pour ceux qui ne savaient pas lire, heu, excusez mon anglais», hésite la guide improvisée, étudiante embauchée au service du pavillon national irlandais. Elles étaient six à cette heure creuse, mais celle-là s'est élancée vers le visiteur avec ce mélange de gentillesse et de volonté de bien faire qui caractérise les hôtes de la grand-messe mondiale d'Aichi. Ils sont d'ailleurs nombreux puisque, du Qatar au Soudan, chaque pavillon a des employés japonais.

Le mélange des cultures est revendiqué par l'Expo, ce qui est la moindre pour une manifestation à vocation universelle, et il est réalisé. D'une zone à l'autre, d'une place à une aire de repos, le flâneur passe d'un concert improvisé de percussions africaines à un orchestre roumain qui répète ou un ensemble coréen en pleine concentration.

Les idiomes s'entrechoquent. Il n'est pas rare que le visiteur ayant posé une question en anglais obtienne une réponse en japonais – et souvent, ça marche, par l'addition de la gestuelle et d'un mot clé en anglais dans la bouche du membre du staff. Ça peut bien sûr échouer, et la Babel bon enfant vire à Lost in Translation – le curieux fera alors trois ou quatre fois le même trajet pour un geste ou un chiffre mal compris. L'air hébété, mais heureux d'y arriver quand même.

Revenant à Nagoya, le visiteur éreinté s'aperçoit que Babel est encore là, dans ce Japon aux traditions que l'on sait et qui sous-titre tant de choses en anglais, qui déguste dans d'innombrables gargotes des cappuccinos, des plats chiliens, des pâtisseries danoises ou des hamburgers. Le seul pays global, au fond, puisqu'il fait sans cesse l'effort de l'anglais, contrairement à la superpuissance, qui se sent partout chez elle.

Chronique consacrée à l'Exposition universelle d'Aichi, au Japon.