Il y a bien des sons et des musiques à l'Expo universelle d'Aichi. Le visiteur est d'abord charmé par les chants d'oiseaux diffusés dans les gares intermédiaires, à la lisière de Nagoya, et à l'arrivée sur le site. Ensuite, la valse des hélicoptères, la plupart de chaînes de TV, qui survolent les deux aires de l'Expo. Vendredi matin, une douzaine tournoyait en permanence.

Puis les mélopées du japonais, une langue chantante. D'abord dans les mégaphones que les employés adorent utiliser. Là, c'est plus grinçant. Dans une file à l'entrée, alors qu'il y a peu de monde et que l'accès aux portiques de sécurité est dégagé, on peut ainsi se régaler de voir un pandore de l'Expo faire son interminable discours au mégaphone tandis que, derrière lui, ses collègues lui signifient bruyamment mais sans faire le poids qu'il devrait laisser passer quelques personnes, quand même, non?

On retrouve la joliesse de la langue japonaise dans les annonces données de vive voix, partout, tout le temps, par les hôtes. Il y a quelques musiques, aussi, sur les grandes places ou dans un grand nombre de pavillons. La symphonie d'Aichi reste toutefois bruitiste avant tout, les commentaires ébahis d'un groupe de visiteurs, le glissement des voitures électriques… Hélicos exceptés, le monde écolo que l'Expo préconise vit de sonorités moins agressives qu'à présent.

Et puis, il y a le concert des nations. L'Expo est universelle, bien sûr, mais chaque pays fait valoir ses incomparables mérites et ses grandes traditions. Le comptoir planétaire affiche les clichés du monde, toujours vigoureux malgré les incantations à la modernité de ce siècle. Sur les TV régionales, certains représentants nationaux illustrent leur héritage jusqu'à la caricature. A croire ces instantanés de nations en mal d'amour, il n'y a pas de grandes cités sur la planète, pas de métros, pas de foules, juste des potiches plutôt cruches qui dansent en costume de campagne, et des violonistes beurrés qui les accompagnent en rigolant. Pays fortement urbanisé – Nagoya se trouve à mi-chemin entre les mégalopoles de Tokyo et d'Osaka –, le Japon s'offre ainsi un grand jardin global presque paisible. Face à ces mélopées, l'Expo n'est toutefois pas dupe, puisqu'elle ne manque aucune occasion de rappeler sa thématique écologiste. Donc, a contrario, la poubellisation de la planète. On est quand même bien dans le même monde, pour le pire, le constat environnemental, et le meilleur, la fête globale.

Chronique consacrée à l'Exposition universelle d'Aichi au Japon.