Kristin Hersh, Tindersticks et dEUS: l'affiche de la soirée de mercredi organisée au Miles Davis Hall s'avérait particulièrement intéressante, couvrant des tendances très diverses du rock. Du folk rock inspiré de l'ex-chanteuse des Throwing Muses aux ballades acides des Flamands en passant par la soul introspective de Tindersticks, la nuit s'annonçait flamboyante et inspirée.

Fausse espérance. Il aura fallu attendre plus de minuit pour que le public montreusien se réveille, électrisé par les boucles mélodiques aventureuses de dEUS. Dès les premières notes de «Sister Dew», l'un des morceaux les plus émouvants de The Ideal Crash – sans conteste le meilleur album rock de l'année 1999 –, l'effet d'ensorcellement est immédiat. Une séduction qui naît du principe répété de l'amalgame incongru. Aux enchevêtrements de violons grinçants, de guitares bourdonnantes et de synthétiseurs charnels répond un carrousel de voix qui sans cesse se chevauchent, dialoguent, hurlent ou susurrent.

A l'instar de R.E.M., fans avoués de dEUS, les Flamands savent créer des atmosphères aériennes et envoûtantes en opposant les climats sonores. Folk, pop sixties, soul et rock expérimental alimentent la machine à rêves de la formation belge. Des rêves lumineux, apaisants ou glacés. Peu importe la couleur de ces dérives sonores, seule compte la pureté pop du venin de dEUS. Un poison capable de tétaniser en deux accords une salle anesthésiée par le rock par trop linéaire des Tindersticks. Alternant titres acides, paroxystiques et ritournelles dopées, dEUS propulse l'auditeur dans son bazar sonore. Avec cette arrogance et cette élégance ambiguë que l'on croyait disparue depuis le crash du Velvet Underground, autre groupe lunaire et idéal.