Il faut s’occuper d’argent, de contrats, de choix professionnels anodins ou cruciaux. De l’avenir, dans une activité, et à un âge, où l’on n’y pense guère. Voilà pour la face quasiment respectable du métier. Et viennent ses abords plus glissants, ou poudreux.

Des urgences continuelles, motivées par des parties de jambes en l’air dans les toilettes de bars à deux balles, par des crises de colère qui débouchent sur une mort clinique, ou par des soirées durant lesquelles on sniffe quelques lignes de cocaïne disposées sur les imposants instruments mammaires de jeunes filles qui ne sont pas là pour la beauté du geste – et dont le paiement tout aussi rebondi n’évite pas une future délation médiatique. La vie se montre sans pitié avec les jeunes joueurs de football américain.

Il est question de ces athlètes gâtés et convoités, ou au contraire rejetés. Ballers raconte la vie d’agents qui gèrent les carrières de ces idoles à gros muscles, dont la frivolité n’a d’égale que la presque constante bêtise. La série de Stephen Levinson, lancée par HBO l’année passée et promise à cette heure pour trois saisons, est restée peu connue sous nos latitudes, la voilà en DVD. Et franchement, elle vaut la peine d’être regardée. Contre toute attente.

Rois du stade tourmentés

Car quand même, avouons-le, notre résumé – hormis, admettront les plus francs, la dissertation sur le bon usage du buste féminin dans le délassement nasal contemporain – ne présente aucun intérêt. Des histoires de footballeurs américains? Pourquoi pas de comptables du Puy-de-Dôme? Ou de présidents de la Confédération – quoique là, il y aurait l’argument de la proximité? Ballers réussit à intéresser un sériephile européen, ce qui relève du miracle. Et cet exploit tient à deux aspects.

Dwayne Johnson, d’abord. L’acteur a été footballeur, avant de bifurquer vers une autre forme de business du divertissement. Il entre en TV avec des émissions de combat et quelques apparitions dans des séries. Il gagne le grand écran avec Le Retour de la momie, puis des Furious. Ce n’est pas tant que son histoire personnelle le rende sans conteste plus crédible qu’un autre. Pourtant, elle joue un rôle, et on sent son aisance à aborder ces questions ordinaires des rois du stade.

Armoire à glace pas de glace, il sait donner à son personnage la vulnérabilité qu’il faut. Et composer avec son complice en gestion financière, incarné par Rob Corddry, un tandem à gags multiples, sous le regard sévère du propriétaire de l’agence – Richard Schiff, naguère dans A la Maison Blanche. On retrouve d’ailleurs aussi Dulé Hill, le jeune enamouré de la fille du président dans la fiction politique d’Aaron Sorkin.

Véracité et tension

L’autre facteur est paradoxal. Bien souvent, Ballers frôle l’ennui. Ces successions de soucis intimes et néanmoins financiers pourraient faire bâiller, c’est précisément la raison pour laquelle ils attirent l’œil: une certaine véracité, une tension dans l’angoisse professionnelle affichée par ces stars d’un temps.

Stephen Levinson pousse son principe fort loin, puisqu’on ne voit presque aucun terrain de jeu, pas de placages à répétition, quasiment rien de ce qui fait, sous les projecteurs, l’enjeu de ces carrières sportives. Là où Entourage, qui voulait se faire reflet hollywoodien à propos de scénaristes, révulsait par son cynisme visqueux, Ballers y croit, même si sa portion de réalité tient de la gazette grotesque apprêtée à la manière locale de Miami. Match remporté, pour des histoires de brutes aux épaules de carton-pâte.


A voir

«Ballers», coffret 2 DVD, 10 épisodes HBO.