Il a la voix cristalline de ceux que l'amour vient de traverser. Le danseur genevois Gregory Batardon n'a d'ailleurs que des mots amoureux pour raconter ses premiers pas de chorégraphe. Il dit que c'est saisissant de voir les cinq danseuses qu'il a élues réagir à ses impulsions. Il avoue encore que ce Para sa imo, sept minutes trente à peine, est comme le nouveau-né sorti de sa nuit et que ce morceau, un parmi les dix proposés ce week-end par le Ballet du Grand Théâtre de Genève, le laisse sans voix. Candeur altière du jeune créateur. Et tant pis pour les «scrogneugneu» de service que cette vague sentimentale assomme. Gregory Batardon, 31 ans, l'un des «dinosaures», comme il dit, de la formation dirigée par Giorgio Mancini, passe à la chorégraphie, le temps d'un workshop ouvert au public à l'Alhambra.

Sur les planches

Dix pièces menues, mais pas forcément mineures, signées Veronika Reithmeier, Yanni Yin ou Claire Pascal. Décalogue donc, sans prétention, mais pas sans suites. Il y a quelques années, des chorégraphes, qui ont depuis imposé leur griffe, signaient leur première création à l'occasion d'un atelier du genre organisé par le Ballet du Grand Théâtre. C'est le cas du Brésilien Guilherme Botelho, aujourd'hui aux commandes de la compagnie Alias. «C'est un banc d'essai, confirme Giorgio Mancini. Il n'y a pas d'école de chorégraphie, on apprend le métier sur les planches.» Sans doute comme le joueur de football, décidant un jour de prendre du champ et de devenir entraîneur. Ce qui suppose une vision globale des manœuvres du terrain.

Science du mouvement de groupe précisément. C'est l'une des qualités nécessaires, mais pas suffisantes, au chorégraphe et aux stratèges du ballon rond. Les dix apprentis chorégraphes, tous volontaires, qui ont choisi leurs danseurs au sein du Ballet, se sont ainsi familiarisés avec les règles de l'art. «La beauté de l'exercice, explique encore Gregory Batardon, c'est qu'on apprend à partager notre vision du monde.» On est prêt à parier qu'elle mérite le détour.

Atelier chorégraphique, Genève, Théâtre de l'Alhambra, sa 23 à 20 h et di 24 à 15 h, entrée libre, mais billets à retirer au Grand Théâtre.