Les premiers pas du danseur, pour timides qu'ils soient, contiennent souvent la promesse d'un élan. Philippe Cohen, qui succède à Giorgio Mancini à la tête du Ballet du Grand Théâtre, le sait, lui qui a dirigé pendant treize ans les études chorégraphiques du Conservatoire de Lyon. Pour sa saison inaugurale, le nouveau directeur artistique se veut raisonnable et constructif. Sans coups d'éclat, ni rupture avec son prédécesseur, ni invités à tomber à la renverse appelés à chorégraphier place Neuve (style Lucinda Childs l'hiver passé).

«J'aurais pu utiliser mon carnet d'adresses et solliciter des artistes très cotés pour qu'ils viennent travailler ici, explique Philippe Cohen. Mais je vous rappelle que j'ai été nommé il y a six mois et que la venue d'un grand chorégraphe se négocie parfois plusieurs saisons à l'avance. Plus profondément, je ne cherche pas à faire des coups. Je voudrais d'abord que notre formation développe son potentiel.»

De Bach à Lolita

Quête de maturité donc. A défaut de tourner à l'étranger la saison prochaine, le Ballet enchaînera les prouesses dès cet été et ce jusqu'au mois de mars au moins. Avec un grand écart esthétique en guise de préambule, en septembre, dans le cadre d'une coproduction avec le Festival de la Bâtie. Le Suisse Gilles Jobin, l'une des fortes têtes de la danse contemporaine, dirigera en effet pour la première fois un corps de ballet classique dans two-thousand-and-three. Autre création mondiale, mais retour aux sources néo-classiques en novembre avec Lolita. L'Italien Davide Bombana entraînera en effet la compagnie dans les cagibis du désir illuminés par Vladimir Nabokov. Ultime changement de cap, en février: Bach fera danser le ballet à l'occasion d'une soirée comprenant trois pièces, dont une de l'Américain Jerome Robbins, artiste disparu en 1998 qui chérissait autant Broadway que les Ballets russes.

Trois rendez-vous, auxquels s'ajoute une pluie d'étoiles le 7 novembre, toutes lauréates par le passé du Prix de Lausanne et un dessert de choix: le Ballet de l'Opéra de Lyon viendra danser en juin Carmen et Solo for Two du Suédois Mats Ek, un homme qui a l'art de pervertir les classiques.