La structure et l'envergure sont deux composantes de bon aloi, dans le domaine de l'esthétique, qui impressionnent. Et c'est au double sens, à la fois littéral et photographique, de ce dernier verbe que sont assujetties les œuvres de Balthasar Burkhard. Ses clichés sont en effet façonnés. Ou plutôt fécondés par leur sujet d'abord, avant d'être réalisés. Il suffit au spectateur de voir, au Kunstmuseum de Thoune, le film (diffusé en boucle) d'un vol circulaire au-dessus du désert de Namibie, pour comprendre comment le regard du photographe s'abreuve et se saoule d'ampleur et de composition. Au double sens du terme, là aussi: des formes du désert avec ses ondulations et ses ombres, et de la musique du contrebassiste bernois Mich Berger qui rythme le vol de l'hélicoptère.

Mais que ce soit à travers ses photos de mégalopoles (Tokyo, Mexico, Los Angeles) ou de nuages et de déserts, présentées au Helmhaus à Zurich, aussi bien qu'à travers les prises de vue récentes de paysages d'Ecosse et de Namibie, les jeux des dauphins dans la mer, ou de plus anciennes images présentant des vagues, des montagnes et des aménagements paysagers japonais, montrées à Thoune, jamais Burkhard ne prend prétexte des contrastes pour opposer nature et culture, pour critiquer le rationnel et l'organisé par le contre-exemple de l'empirique et du spontané, ou inversement. Au contraire.

Certes, les grandes transversales urbaines, les découpes quadrangulaires et stéréotypées des quartiers, les élévations de gratte-ciel obéissent à certains agencements, tandis que les ondulations des paysages, leurs ruptures de lignes suivent d'autres conformations. Mais aussi différentes que soient ces organisations, leur perception reste dépendante du regard qu'on leur porte. C'est ce que nous dit Balthasar Burkhard. Position qui se double, à ses yeux, d'une évidence: celle de les considérer de la même manière. Au nom du principe, un peu perdu de vue, de la simple observation plutôt que de l'idéalisation trompeuse. Principe d'observation qui, depuis la Renaissance, a permis de structurer la vision, d'organiser l'espace et de mettre celui-ci véritablement en perspective.

Ce que Balthasar Burkhard fait en recourant à son moyen privilégié: l'appareil photographique. Un enregistreur d'images qui a la double propriété d'être un procédé «objectif» mais aussi de pouvoir charger d'émotion ce qu'il restitue. Et dans l'exercice de lyrisme distancié que cela représente, il faut reconnaître que l'artiste bernois (né en 1944, qui vit et travaille à Berne) a trouvé la formule, faisant coïncider réflexion sur la photographie et réflexion sur le sujet. En superposant, en faisant coller la façon d'observer les choses et la manière de les enregistrer chargées du poids d'un regard, il a réussi à donner à son acte d'observation une homogénéité certaine.

D'où la sensation, pour le spectateur, que sa vision, que le sujet présenté, désert ou mégalopole, sont de la même essence. Libre à ce spectateur de penser que c'est là l'effet du cadrage (souvent panoramique), de l'angle de plongée (unissant le proche et le lointain), du grain plus ou moins fin parce que certaines photos sont très grandes, du recours unique au noir et blanc qui révèle et cache par son accentuation du jeu des ombres et des lumières. Ce spectateur n'aura pas tout à fait tort. Mais il lui faudra aussi convenir que tous ces indices et tous les paysages qu'ils ont indexés vont dans le même sens, qui vise à déterminer des univers combinant des tensions et des échappées. Une compréhension parfaite de ce que doit être l'œuvre d'art.

Balthasar Burkhard. Helmhaus Zürich (Limmatquai 31, Zurich, tél. 01/251 61 77). Ma-di 10-18 h (je 20 h). Jusqu'au 18 mars.

Kunstmuseum Thun (Im Thunerhof, Hofstettenstrasse 14, Thoune, tél. 033/225 84 20). Ma-di 10-17 h (me 21 h). Jusqu'au 25 mars.