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La tombe de Balthus à Rossinière.
© Sara Léguillon

J’irai sur vos tombes

Balthus à Rossinière: jardin secret pour un monstre sacré

Ses jeunes filles posent dans des toiles controversées. Lui repose dans un petit village du Pays d'Enhaut

Niché au creux de la vallée, le village de Rossinière. Le long d'un chemin entre fleurs et chalets, l’œil suit le petit panneau de bois «Chapelle Balthus» et se fixe sur un écrin blanc aux volets bleus. Le lieu, discret cocon dédié à sa mémoire, surplombe sa sépulture. C'est au cœur de cette intimité que l'on comprend l'affection profonde de l'excentrique pour ce Grand Chalet qu'il a choisi et chéri, comme gardien de son lien avec la Suisse. 

Petite tombe d’un grand maître, glisse Raymond, visiteur habitué et admiratif. Le dandy aristocrate, dont la vie fut parsemée de rencontres avec les plus grands comme Rilke, Camus, Picasso ou Giacometti, avait une ténacité et une exigence presque troublantes. Son conseil aux apprentis peintres: «Faites autre chose.» 

L’irréel espoir de voir apparaître sa frêle silhouette à une des fenêtres nous traverse l'esprit. Balthus est un des plus grands peintres figuratifs du XXe siècle. Le Français d’origine germano-polonais-russe faisait rimer beauté et lumière. Lumière froide d'un père de famille aimant mais autoritaire, lumière fauve de ses célèbres nus de jeunes filles à l’innocence perdue, lumière spirituelle d’un homme qui trouvait l’humilité dans la prière. 

Entouré d’une aura de mystère, le comte Klossowski de Rola aimait se faire rare. L’impression d’être un cas isolé, la souffrance de l'insécurité d'une vie d'artiste, le firent souvent douter, mais jamais renoncer à son art, moyen d’expression privilégié auquel il aura confié ses questionnements et ses chagrins, dévoilés dans l'ancienne chapelle transformée en musée.

A sa mort, la région, avec l'intermédiaire bienveillant de son notaire, a proposé le lopin de terre comme dernière demeure pour le peintre. Le calme est tel qu’on souhaiterait ne pas repartir. De son monde où se mêlent chevaliers polonais et comédiens. De ce petit jardin où il repose, sous une couronne de verdure.


Rétrospective Balthus à la Fondation Beyeler, 2 septembre 2018- 1er janvier 2019

Dossier
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