Rhabillé pour l’été (6/7)

La banane, accessoire «ridicool»

Cet été, «Le Temps» raconte l’histoire de ces accessoires de mode qui font les joies de la belle saison

Quel est le foutriquet qui a inventé la banane? Qui est cette âme noire qui eut l’idée funeste d’un jour accrocher une sacoche autour de la taille de l’humanité, laquelle, au niveau du ridicule, n’en demandait pas tant? Eh bien, personne. Autant on peut mettre un nom derrière les lunettes de soleil ou le bikini, autant le sac banane reste le produit empirique de l’évolution du bagage. Disons que pour éviter de remonter à l’âge du fer, sur certaines photos d’Edward Curtis prises en 1907, les Indiens d’Amérique en portaient déjà. Et tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Jusqu’à l’apparition du concept de sacoche ventrale à la fin des années 1980. Les touristes adoptent en masse cet appendice que les Américains appellent fanny pack – sac fesses – parce qu’il se fixe alors dans le dos. Fanny désignant le sexe féminin en argot britannique, les Anglais lui préfèrent le terme de bum bag, bum signifiant lui aussi cette partie joufflue de notre anatomie.

Accessoire de la honte

Mais trop de banane tue la banane. En dix ans, la petite sacoche passe de la hype à l’accessoire de la honte. Oubliée au début du XXIe siècle, elle ressurgit à partir de 2010. Symbole des années 1980-1990, elle ravive des souvenirs d’avant internet, le téléphone portable et les réseaux sociaux, cette époque où on sortait anéanti de la projection d’E.T. sans crever de chaud sous la canicule. Paradigme de ces objets hideux venus du passé, le petit sac va exalter les créateurs contemporains pour qui «moche is beautiful». Sans forcément s’accrocher autour de la taille, il se porte désormais en bandoulière collée au torse (on dit «crossbody») ou le long du corps à la façon du holster de l’inspecteur Harry.

Cela dit, ce n’est pas seulement la nostalgie et la vogue du «ridicool» qui fait en ce moment revenir la banane à plein régime. A l’heure où la survie de l’être urbain se limite à trois objets – son mobile, ses cartes de paiement et ses lunettes de soleil –, il faut lui reconnaître un indéniable aspect pratique. Et une faculté de seoir aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Comme les jeunes raffolent du vieux, pas une marque ne loupe le coche. De l’équipementier pour sports de l’extrême (The North Face) aux maisons de luxe (Gucci, Balenciaga, Chanel, Louis Vuitton) en passant par les designers indépendants (la Suissesse Tina Schwizgebel-Wang) et les labels qui travaillent les nouvelles matières organiques (QWSTION), chacun y va de son modèle. Cela dit, pour une question de style, le port de la banane façon cartouchière n’est pas forcément recommandé au-delà de 35 ans


Quatre notions

Bandoulière

Ce n’est pas parce que la banane est de retour qu’il faut répéter les erreurs du passé. 
La position ventrale lui ayant été fatale, elle 
se porte désormais 
à la cool en bandoulière, 
ou «crossbody», 
dans la langue de Boris Johnson.

Origine

S’il n’y a pas vraiment d’inventeur de 
la banane, le terme 
«fanny pack» qui la désigne aux Etats-Unis (traduisez sac fesses) est apparu pour la première fois en 1954 dans la revue Sports Illustrated. L’accessoire, ainsi 
baptisé parce qu’il 
se porte dans le dos, 
appartient alors 
à la panoplie 
des skieurs.

Moche

La banane, c’est l’objet laid par excellence, 
le petit sac sympa mais sans esthétique. 
Réhabilitée à la fois par la vogue nostalgique des années 1980-1990, 
l’influence du sportswear dans la mode et son design très pratique, elle est aujourd’hui un objet hautement désirable. Et un énorme carton commercial.

Légende 
urbaine

Relayée jusque dans 
les colonnes du 
New York Times, l’histoire voudrait que ce soit une Australienne, Melba Stone, qui ait inventé le concept de banane en 1962 en observant… 
des kangourous. 
Sauf que Melba, à part porter le prénom 
d’un dessert, personne ne la connaît, pas même Google.


Nos plus vifs remerciements 
à la designer 
Tina Schwizgebel-Wang.

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