Culture

Bande dessinée: Les Pieds Nickelés sont orphelins pour la seconde fois

Bande dessinée. Dessinateur aux styles multiples, ancien étudiant aux Beaux-Arts de Genève, le Lyonnais René Pellos est décédé à Cannes à l'âge de 98 ans

«Hurrah! Je viens d'avoir une idée qui va nous remplir les poches.» Du plat de la main, Croquignol (le monocle au long nez) se tapait le haut du crâne tout en postillonnant sous le regard ahuri de ses deux compères Ribouldingue (le barbu formaté barrique) et Filochard (le borgne teigneux). Pour le lecteur, l'exclamation signifiait le départ d'une nouvelle et joyeuse odyssée durant laquelle la maréchaussée perdrait son honneur et le bourgeois ses économies sous le trait irrévérencieux de Pellos, le dessinateur dont la signature était surmontée d'une curieuse tête de bestiole à cornes. Grâce à cet illustrateur né René Pellarin le 22 janvier 1900, les Pieds Nickelés, orphelins de leur créateur Louis Forton depuis 1934 ont traversé une grande partie du XXe siècle (de 1948 à 1981) en affichant une énergie rebondissante.

Il suffit de parcourir l'œuvre de René Pellos, décédé mardi à Cannes dans sa 99e année, pour affirmer haut et fort qu'elle restera comme l'une des plus variées, vivantes, réjouissantes et novatrices de l'histoire de la bande dessinée francophone. Le parcours atypique de son auteur en témoigne. Dès l'enfance, ce Lyonnais pure souche manifeste une passion totale pour le dessin. Inscrit aux Beaux-Arts de Genève par des parents compréhensifs, dès l'âge de 16 ans il collabore en tant qu'illustrateur au périodique suisse Le Gugusse.

Au début des années 30, Pellos se retrouve à Paris où une fréquentation assidue des stades et autres vélodromes lui permet de s'imposer comme illustrateur sportif de premier ordre. Omniprésent tant dans la presse spécialisée que dans la presse nationale ou régionale, il s'attelle à la création de bandes dessinées. Dès 1937, il publie, dans l'hebdomadaire Junior, Futuropolis, une saga influencée par le film de Fritz Lang (Metropolis) dans laquelle il fait exploser les cadrages avec une liberté qui préfigure les délires de Philippe Druillet, période Lone Sloane. Durant les décennies suivantes, Pellos va hanter les pages de magazines pour jeunes.

A l'aube des années quatre-vingt, il va peu à peu s'effacer du devant de la scène, laissant aux cancres, aux athlètes et à leurs supporters le souvenir d'un artiste modeste et prolifique.

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