Un obélisque trône désormais sur le parvis de la gare d’Angoulême, dans le sud-ouest de la France. Un hommage monumental (près de 6 mètres de haut) à René Goscinny, scénariste d’Astérix. Le 44e Festival de la BD d’Angoulême, qui s’est ouvert en grande pompe ce jeudi, célèbre un art en bonne santé.

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Le dernier rapport annuel de l’Association des critiques de bande dessinée (ACBD), publié en décembre, montre une production stable dans le secteur de la bande dessinée, dans un marché en légère croissance. Plus de 5300 livres ont été publiés en 2016 dans l’espace francophone européen, soit une hausse de 0,9% par rapport à l’année précédente.

■ Des héros indémodables

Les grands héros de bande dessinée font toujours recette. En 2015, les irréductibles Gaulois d’Armorique ont donné de la potion magique au 9e art. Le 36e album d’Astérix, «Le Papyrus de César», s’est vendu à environ deux millions d’exemplaires. «Un événement hors norme», souligne Claude de Saint-Vincent, directeur général du groupe Média-Participations, sur Franceinfo. Ce groupe chapeaute de grands éditeurs de BD dont Dargaud, Le Lombard, Dupuis ainsi que les droits sur les principaux comics américains.

En 2016, 95 albums ont été tirés à plus de 50 000 exemplaires. «Il n’y a pas eu d’Astérix, mais il y a tout de même eu un Blake et Mortimer vendu à 400 000 exemplaires. Lucky Luke s’est aussi vendu à 400 000 exemplaires», ajoute le directeur général du groupe Média-Participations.

■ Des éditeurs qui dominent le marché

384 éditeurs occupaient le marché de la BD en 2016, mais seuls trois puissants groupes, dont Média-Participations, dominent l’offre éditoriale. Ces trois géants du 9e art totalisent à eux seuls 34,2% de la production et 54% des ventes.

Selon l’institut GfK, ces trois groupes ont vendu 39,1 millions d’albums en 2016, soit 458,4 millions d’euros en valeur sur le marché français.

■ Des genres plébiscités: le manga et l’humour

Porté par des ventes record ainsi que des conventions toujours plus populaires, le manga est le genre dominant du secteur. 1575 titres ont été publiés en 2016 contre 1558 albums «franco-belges» (BD traditionnelle, ndlr), 494 comics (opus mettant principalement en scène des super-héros américains) et 361 «romans graphiques».

Le secteur du manga a été évalué par GfK en 2016 à 103,2 millions d’euros avec 13,7 millions de volumes vendus en France. «Les mangas, qui étaient une mode il y a 20 ans, sont devenus un phénomène aujourd’hui très installé et cela représente un tiers du marché», indique Claude de Saint-Vincent.

Parmi les albums franco-belges, l’humour reste une valeur sûre avec 418 titres, devant les séries historiques (381 titres) et les ouvrages pour enfants (370 titres).

■ Mais des auteurs qui vivent mal de leur art

Le rapport de l’ACBD a comptabilisé 1597 dessinateurs ou scénaristes qui ont publié au moins un album en 2016 (contre 1602 en 2015). Mais seulement 1419 auteurs européens de BD francophones vivent de leur art et dans leur grande majorité, ces auteurs ont toujours beaucoup de mal à vivre décemment de leur métier. «Beaucoup d’entre eux doivent accepter bien d’autres travaux dans divers domaines pour survivre», précise le rapport.

Certains tentent l’aventure du financement participatif, permis par le Web, pour financer leurs œuvres. C’est par ce biais que l’auteure de BD Laurel a financé le premier tome de «Comme convenu», l’histoire d’une start-up de jeux vidéo en Californie. «On se coupe du modèle éditorial classique, mais la diffusion devient très compliquée: et là, c’est le nerf de la guerre qui nous échappe», indique toutefois Alexandre Clerisse, co-auteur de «L’Eté Diabolik» paru chez Dargaud, au magazine ActuaLitté.

Par ailleurs, le secteur reste toujours aussi peu ouvert aux femmes, avec seulement 182 auteures de BD (soit 12,8%) recensées.