Guère épais. Petite fripouille, 1m40, en survêtement, qui scande la vie rêvée des franges sur un rythme lourd. Samedi, au Centre de loisirs de Carouge (du béton sur le béton), l'atelier d'écriture rap attire son monde. Cinquante, cent jeunes, avec des animateurs sociaux, qui noircissent des feuilles à la recherche de la rime perdue. Ce gamin, d'origine maghrébine, chante une «Tunisie où il y a moins de thunes qu'ici». Gros applaudissements, pour cette antichambre studieuse à la dixième édition de Hip-Hop Communes-Ikation. Chaque année, une ville de la banlieue genevoise reçoit ce festival unique en Suisse romande, de culture urbaine, avec danse, graffiti, stages et final en concert où la scène locale se coltine des vedettes françaises.

Cette année, à la Salle des fêtes de Carouge, plus de mille adolescents ont payé leur place. Le service d'ordre est solide; il se contente en général de grossir les yeux. Pantalons larges et casquettes vissées, ils attendent Kery James dont le récent disque d'or a enflé encore la réputation. Ils connaissent le moindre de ses textes, les syllabes voltigeuses, les morales bitumées. Kery, fils de Haïtiens converti à l'islam dans les banlieues parisiennes, n'a rien de la caricature rap que la télévision ressuscite à chaque émeute. Il parle sage sur des sons rapides. L'après-midi, il a débarqué aux ateliers avec un malabar barbu qui lui servait de rempart. Il s'est assis sans être assailli. A écouté, longuement, cette jeunesse helvétique qui raconte la violence plutôt que de l'exercer.