Antuan et Leonel ont respectivement 13 et 9 ans. Malgré leur différence d’âge, qui à ce moment de la vie peut être un fossé, ils sont les meilleurs amis et passent leurs journées ensemble. Ils vivent dans un petit village de la campagne cubaine, c’est l’été, les journées sont interminables et les nuits chaudes. La première partie de Baracoa nous montre le quotidien des deux gamins, leurs discussions pas toujours anodines, leurs errances, leurs jeux parfois violents lorsque Antuan décide de montrer à Leonel qu’il est le plus fort.

«Leonel, garçon réservé, voit le monde de son enfance disparaître quand Antuan, son ami plus âgé, quitte leur petit village cubain pour s’installer à La Havane.» C’est ainsi que le film est officiellement résumé. Une phrase pour dire tout ce qui sous-tend Baracoa, ce passage de l’enfance à l’adolescence, ce moment où l’on perçoit que retrouver une certaine forme d’insouciance ne sera plus possible, que la vie ne sera désormais plus un long fleuve tranquille. La seconde partie du film prend alors une teinte plus mélancolique.

Cinéma direct

Baracoa est le premier long métrage de Pablo Briones. D’origine argentine, installé à Genève, ce réalisateur de 37 ans a commencé ses études de cinéma à l’Université nationale de Cordoba, avant de venir en Suisse suivre le master commun à l’ECAL (Ecole cantonale d’art de Lausanne) et à la HEAD (Haute Ecole d’art et de design de Genève). En 2016, participant à Cuba à un atelier animé par Abbas Kiarostami, il y rencontre Antuan et Leonel et décide aussitôt de les filmer. En résultera Pezcal, un court métrage notamment montré au Locarno Festival. A Cuba, le Genevois d’adoption a également croisé la route de deux documentaristes américains, Jace Freeman et Sean Clark, qui travaillent en duo sous le nom de The Moving Pictures Boys, et se revendiquent du cinéma direct. Ils ont collaboré avec lui sur Pezcal et cosignent aujourd’hui Baracoa.

«Tandis que Pablo «dirigeait» Leonel et Antuan, en leur proposant des situations et des thèmes d’improvisation dans une langue qui nous est étrangère, nous nous en remettions à notre instinct de documentaristes pour «rendre le spectacle visible», expliquent Freeman et Clark. De cette démarche est né un long métrage organique magnifiquement photographié, surtout dans ses séquences nocturnes, où ce qui compte finalement, au-delà de savoir ce qui est vrai ou fictionnel, c’est l’ambiance. Dévoilé dans la section Generation de la Berlinale 2019, Baracoa est un film fragile et précieux.


«Baracoa», de Pablo Briones & The Moving Picture Boys (Suisse, Etats-Unis, Espagne, 2019), 1h30.