Elle se dit «guerrière», entre «rage et fierté»: Barbara Pravi représentera fin mai la France à l'Eurovision avec «Voilà», éclair d'une vie parsemée d'épreuves et chanson qui lui vaut des comparaisons avec Barbara ou Piaf. Son morceau est à la fois journal intime et carte de visite lancée à un public à conquérir. «Oui, c'est absolument mon histoire, c'est pour ça que cette chanson a été si dure à écrire, mais ça peut résonner chez n'importe quelle personne», confie à l'AFP la chanteuse, habitée sur scène, boule d'énergie en interview.

«Elle est d'une justesse absolue, avec des mots forts: elle parle d'elle mais à aucun moment on ne se dit qu'elle parle trop d'elle, chacun peut prendre un petit bout d'elle», prolonge en écho pour l'AFP Alexandra Redde-Amiel, directrice des divertissements et variétés de France Télévisions et cheffe de la délégation française à l'Eurovision.

«Ce n'est pas du tout mon genre de dire "écoutez moi, je veux parler de moi", c'est une supplique, "je n'ai que la musique dans ma vie, sans ça je n'existe pas"», éclaire l'autrice-compositrice-arrangeuse, pas encore trentenaire. Message reçu: la brune bouclée est arrivée en tête du vote du jury et du public et représentera la France à l'Eurovision le 22 mai à Rotterdam. Si les conditions sanitaires permettent d'accueillir aux Pays-Bas le concours. Sinon son interprétation sera enregistrée à distance.


L'an dernier:


«On a un talent comme ça tous les dix ans»

Depuis sa prestation télévisée samedi, les éloges pleuvent. Le compositeur André Manoukian, membre du jury, a trouvé la formule définitive: «Elle ramasse la flèche laissée par Edith Piaf ou Barbara et l'envoie encore plus loin». «Ces influences dans l'univers de Barbara, Piaf, elle les prend, en fait quelque chose d'extrêmement moderne, on a un talent comme ça tous les dix ans», dissèque Alexandra Redde-Amiel.

«Ces commentaires, c'est incroyable, inespéré, on ne peut pas prévoir un emballement aussi fort dans les rêves les plus fous, je suis hyper-émue et je me sens portée, je vais être encore plus forte à l'Eurovision», promet l'intéressée. Des pairs comme Madame Monsieur (duo passé par l'Eurovision) ou Benjamin Biolay sont également séduits par les élans de vie et les blessures du passé qui traversent sa voix.

«C'est comme si les épreuves que j'avais connues creusaient des trous, que je savais les refermer et que je savais les réouvrir quand je chante», dessine-t-elle. Des épreuves ? Il suffit d'écouter ses chansons, où elle se met à nu, entre violences conjugales («Le Malamour») ou avortement («Chair»). «Samedi, je savais que devant les écrans, il y avait mon grand-père, mes amis, tous ceux et celles qui m'ont aidée, mais aussi tous les gens qui m'ont écrasée, ça m'a donné une énergie, entre rage et fierté, une force de guerrière, dans le sens positif: "je suis là, j'ai réussi, c'est déjà une victoire"».

Dernière victoire française en 1977

Son histoire se condense dans une autre chanson, «Je sers», tableau de l'époque où elle était serveuse mais savait déjà que ses carnets noircis deviendraient des chansons (et bientôt un futur album programmé à la fin de l'été chez Capitol).

«Authentique» est l'étiquette qui revient souvent pour la définir. Ça ne s'invente pas, c'est la traduction de Pravi, nom serbe d'un de ses grand-pères («Deda», à qui elle dédie une chanson, l'autre grand-père est iranien, ses parents sont nés en France comme elle). Barbara Pravi n'a pas éclos artistiquement samedi soir. Elle a déjà sorti des titres en son nom et s'est aussi mise au service d'autres, de la variété grand public de Yannick Noah à l'électro pointue de Terrenoire.

Et puis, aux côtés de son complice d'écriture, Igit, elle est aussi derrière deux chansons françaises de l'Eurovision junior, dont celle de Valentina, lauréate l'an dernier. Si Barbara Pravi s'imposait cette année, elle signerait un drôle de doublé. De quoi effacer la sempiternelle référence à Marie Myriam, dernière gagnante française en 1977.