- Barcelone

Sur les Ramblas, demandez Mendez. Un bonhomme qui ne paie pas de mine: vieux, vulgaire, sarcastique et malpropre. Gauche avec les femmes, par timidité ou par impuissance. Sa hiérarchie le traite comme un plouc et ne lui confie que des missions minables. Mais c'est un inspecteur comme on n'en fait plus. Des bouquins plein les poches, il sait tout des bas-fonds de sa ville, de son histoire tragique, de son âme qui fout le camp à force de modernité frivole. Quand Mendez enquête, écume les bars, suivez-le pour mieux comprendre comment ça marche, une métropole du sud. Son impresario, le grand auteur catalan Francisco González Ledesma, a fait de Mendez un grognard pétri d'humanité, sans illusion sur le désordre établi, mais dont la sympathie va toujours aux humbles et aux marginaux.

Quelques titres de Francisco González Ledesma: Les rues de Barcelone, Dossier Barcelone, Le péché ou quelque chose d'approchant (Gallimard et Folio).

- Edimbourg

Ici, c'est facile. L'office du tourisme a tout prévu. Des «Rebus Tours» sont organisés pour les innombrables fans de John Rebus, le limier rageur et buveur imaginé par l'Ecossais Ian Rankin. Marginal toujours en guerre contre sa hiérarchie, insomniaque et dépressif, fan de Dostoïevski, Rebus est aussi un rocker très pointu, à l'image de son auteur, qui fut chanteur du groupe punk The Dancing Pigs. Quinze romans racontent les aventures de ce grand marcheur qui ne cesse d'arpenter une ville à la beauté ténébreuse, pétrie d'histoires insolites et sanglantes, magnifiquement racontées par un grand styliste.

Quelques titres de Ian Rankin: L'étrangleur d'Edimbourg (Livre de Poche), Du fond des ténèbres, La colline des chagrins (Le Masque).

- Moscou

Inutile de demander l'inspectrice Alexandra Marinina dans un commissariat moscovite, il y a longtemps qu'elle a quitté la Brigade criminelle pour l'activité plus lucrative d'écrivaine à plein-temps. Ses polars se vendent à des millions d'exemplaires au pays d'Eltsine et Poutine, chamboulé par son rapide passage au capitalisme mafieux. Anastasia Kamenskaïa, robuste enquêtrice, entraîne le lecteur dans une réalité glauque. Marinina écrit vite - à la tronçonneuse, prétendent les mauvaises langues - mais ses thrillers sont habilement construits, ses personnages attachants, ses noires intrigues terriblement crédibles.

Quelques titres d'Alexandra Marinina: Ne gênez pas le bourreau, Je suis mort hier, Le styliste (Seuil).

- Vigàta

Inutile de chercher Vigàta sur une carte de Sicile, la ville est imaginaire. Mais dans l'île tout le monde connaît Montalbano, le ronchonnant commissaire campé par Andrea Camilleri, conteur hors pair dont la langue truffée de régionalismes est des plus savoureuses. Les polars de Camilleri explorent les liens complexes tissés entre le passé et le présent d'une société qui a du mal à vivre avec son histoire récente. Avec humour et nonchalance, mais sans oublier de vivre, donc de bien manger, Montalbano louvoie entre les pouvoirs tant officiels qu'officieux pour amener un peu plus de justice en ce bas monde - mais à sa manière, plutôt libertaire.

Quelques titres d'Andrea Camilleri: Le voleur de goûter, Chien de faïence, L'excursion à Tindari (Pocket et Fleuve Noir).