Sur le parvis du temple de la Fusterie de Genève, une tente entoure les gradins et isole le spectateur du reste du monde. Les costumes et les masques au goût vénitien du XVIIIe siècle des membres de l'association Les Fêtes Costumées s'animent à la lumière des bougies pour accueillir le public et le plonger dans l'univers féerique de la Sérénissime. C'est ainsi, sous la forme d'un voyage temporel, que débute le spectacle qui ouvre la troisième édition du festival Les Baroqueries. A l'intérieur, une scénographie timide pose le décor de l'époque en même temps qu'elle essaye de contrer l'austérité si peu baroque des lieux: de faux drapés en carton ornent les galeries supérieures; la scène placée sous le feu d'un important dispositif d'éclairage est aux couleurs pâles du marbre. Les lumières s'éteignent, la partie musicale du Bouquet vénitien (intitulé du spectacle) peut commencer.

Les solistes de l'Orchestre baroque Swiss Consort, préparés par le directeur artistique du festival Christophe Dorsaz, se lancent dans le premier volet du spectacle avec la Sonate en trio N°4 de Dario Castello. Cette pièce courte et vivace révèle d'entrée les failles d'un ensemble instrumental visiblement peu à la hauteur du propos. A commencer par les deux violons dont le jeu est en manque flagrant de précision dans les intonations et dans les attaques et manifeste un clair déficit de finesse dans l'interprétation. Cette déconvenue sera quelque peu atténuée avec les quatre compositions polyphoniques à caractère religieux de Claudio Monteverdi qui ferment la première des trois parties de la soirée. «Cantate Domino», «Ego dormio», «Adoramus» et «Laudate pueri» sont autant de perles du répertoire vocal baroque que les voix du Swiss Consort parcourent de manière crédible et intense.

Déclamation de poèmes

L'élément théâtral du spectacle se renforce lors de la deuxième étape de ce voyage vénitien: la déclamation de poèmes par Michel Aberson introduit alors les madrigaux d'Antonio Lotti et La Folia pour deux violons et basse continue de Vivaldi, pièce exigeante affrontée par des musiciens encore une fois décevants. La soirée se termine sur le bal de deux danseurs de la compagnie Côté cour, côté jardin. La touche festive qui accompagne les œuvres de Fabritio

Caroso et Claudio Monteverdi n'amenuise pas le sentiment de dilettantisme que dégage une production certes ambitieuse mais dépourvue des ressources artistiques nécessaires à l'ampleur du projet.

Les Baroqueries, jusqu'au 21 nov., temple de la Fusterie, Genève. Rens. tél. 022 732 37 44. http://www.baroqueries.ch.