Il est mort un 4 juillet, jour d'indépendance. Derrière les textes de Barry White, qui tous prônaient les vertus de la nudité, des nuits longues et des lits défaits, il y avait comme une mission. Dans cette Amérique disco, en quête de joies pailletées, le baryton érotique est devenu au fil des renaissances une manière d'amant national. C'est dire l'ampleur du deuil.

Tout n'était pas gagné d'avance, pourtant. Né en 1944 dans un pli du Texas, de mère célibataire, Barry White est élevé dans les banlieues déglinguées de Los Angeles où il gère de menus trafics et fomente quelques coups sans gloire. Il est même enfermé plusieurs mois pour avoir barboté des pneus. Dans la cellule où il rumine, Barry White entend «It's Now Or Never», presque un appel personnel d'Elvis Presley.

Il sait désormais que faire de cette voix un peu encombrante qui l'avait effrayé au matin de sa mue. Un timbre de prince russe débarqué chez un môme plutôt mal fagoté, qui se voit consacré gourou d'amour alors que, de son propre aveu, sa maîtrise du sujet est largement surévaluée. N'empêche que les voisins du quartier ne cessent de l'appeler pour qu'il distribue ses conseils matrimoniaux et qu'ils ne s'en plaignent pas.

Engagé comme chercheur de talents pour le label Keen Records, fabrique à tubes R & B, il passe ses années 60 à anticiper le succès des autres. Il crée un trio féminin, qu'il baptise Love Unlimited et qui servira de visa à sa carrière naissante. Marié à la chanteuse Goldean James, il commence à graver ses propres compositions, des fresques pétries de cordes qui architecturent la période disco. Son «Love Theme», instrumental onctueux, est même considéré comme le premier chapitre du mouvement épicurien. Pendant cinq ans, dès 1973, Barry White cumule les hits, il sort «You're the First, the Last, my Everything» et «Can't Get Enough of your Love, Babe». Probablement les premiers hymnes noirs à transcender leur public de prédilection.

Après une période créative somme toute brève, Barry White s'absente quelques années de l'actualité. Récupéré par la génération hip-hop, qui le consacre en modèle du séducteur surdoué, il apparaît régulièrement dans les feuilletons des Simpsons. Et la série Ally McBeal fait de sa voix un aphrodisiaque imparable.