C’est toujours un bonheur de retrouver Jukka-Pekka Saraste à la tête de l’OCL. A 60 ans, le chef finlandais n’a plus rien à prouver. Il insuffle aux musiciens sa longue expérience avec des phalanges symphoniques tout en se pliant aux contingences d’un orchestre de chambre. Sa gestique déliée et expressive ainsi que son refus du pathos lui permettent de mettre en lumière les diverses facettes du Divertimento pour cordes de Bartók.

Ce fut le meilleur volet d’un concert en trois parties, donné en début de semaine à la Salle Métropole de Lausanne. Lundi soir, le public a dû essuyer les aléas de la régie technique; les projecteurs tournés vers la salle (et non ceux qui éclairent la scène) sont restés allumés pendant tout le Concerto pour violoncelle de Schumann! Résultat: les gens étaient aveuglés par ces projecteurs, ce qui a occasionné une gêne. «Ils sont dans les choux à la régie!», a lâché ce mélomane à l’entracte, tandis que d’autres pestaient, agacés qu’un tel incident puisse avoir lieu sans moyen d’y remédier.

Alisa Weilerstein, une forte personnalité

Mais revenons à la musique. Alisa Weilerstein, sœur du jeune directeur artistique Joshua Weilerstein, affiche une forte personnalité. Pour elle, le Concerto de Schumann est une œuvre du grand romantisme qu’elle tire du côté d’Elgar et de Dvorák. On apprécie sa sonorité charnue et plantureuse, ses graves pleins de relief, mais elle s’épanche parfois de manière excessive dans un style qui frise le pathos, là où Schumann réclame plus de pudeur. Le mouvement lent se veut lyrique et voluptueux, forgé sur un dialogue avec le premier violoncelle solo Joël Marosi, le thème principal étant joué pianissimo à la reprise. Le finale est emporté, avec ses élans fiévreux, malgré quelques traits un peu savonnés. Alisa Weilerstein a joué en bis la Sarabande de la 3e Suite de Bach de manière très sensible, avec un magnifique phrasé.

Accents à la hongroise

Enfin, le Divertimento pour cordes de Bartók enchante par son très beau mélange de passages rythmés et lyrisme. Les accents sont marqués, à la hongroise, tandis que le mouvement lent respire une atmosphère élégiaque. L’Amant de Sibelius joué en début de soirée dégageait cette même subtilité. Une belle soirée qui a permis de savourer l’excellence des cordes de l’OCL.


Rafael Payare, Alisa Weilerstein et l’OCL, vendredi 16 décembre à 20h au Victoria Hall de Genève. Œuvres de Mozart, Chostakovitch (Concerto pour violoncelle No1) et Schönberg. www.osr.ch et www.ocl.ch