Il y a deux semaines encore, il se trouvait juché sur le toit du Whitney Museum à New York; aujourd'hui, le torse énorme, haut de quelque six étages, réalisé par l'artiste américain Paul McCarthy, déploie toute son ampleur sur la Messeplatz de Bâle et ramène à de justes proportions les bâtiments qui l'entourent. Fait de toile gonflée à bloc, il paraît d'autant plus puissant qu'il est comme contenu par les lanières qui le retiennent au sol. Cette pièce s'inscrit dans le Public Art Projet, un tout nouveau secteur inauguré cette année par Art Basel.

Lors des précédentes foires de l'art, des œuvres monumentales avaient bien été placées ponctuellement en plein air. Cependant, impossible de monter un projet répondant à une réflexion globale avant la fin du chantier du Messeturm et des travaux d'aménagement de la place. Les lieux, aujourd'hui dégagés, permettent d'accueillir des œuvres d'artistes intéressés par la confrontation à l'espace public. Différemment d'un Richard Serra qui, posant une sculpture en un lieu, le transfigure de toute sa force, une tendance s'affirme qui, par des moyens autres que ceux de l'architecte ou de l'urbaniste, place l'art au service des espaces envisagés.

L'exemple est donné sur place puisque c'est un artiste choisi sur concours, l'Autrichien Heimo Zobernig, qui a signé la toute récente transformation de la Messeplatz. Aussi figure-t-il parmi les premiers invités de Martin Schwander, commissaire responsable du Public Art Project. Appelé à ajouter une note supplémentaire à son propre travail, il a réalisé un simple et léger pavillon de bois, lieu de calme, d'ombre et de fraîcheur posé en bordure de bassin. Plus malicieusement, Monica Bonvicini, Italienne installée à Berlin, a également aménagé un lieu intime: une cabine de WC d'où l'on peut observer la place sans être vu. Non loin, une caravane tractée par une voiture bondissante, œuvre des Scandinaves Elmgreen & Dragset, s'extrait du sol – ou s'y enfonce. Et c'est l'Américain Dan Graham, inspirateur probable de plusieurs parmi les huit travaux présentés, qui parfume l'entrée d'Art| Basel de l'odeur des copeaux qui jonchent le sol de son installation, un parcours labyrinthique et géométrique entre dedans et dehors.