«Dans l'Egypte ancienne, l'association de l'exil et de la mort sociale, de l'exode et de la honte, tout comme le «chez soi» de la vie après la mort nous en apprennent beaucoup», Toni Morrison en est persuadée.

Selon les hiéroglyphes gravés sur son torse, Bashasou est un chef libyen de la 22e dynastie, vers 800 av. J.-C. Aujourd'hui, il habite le département des Antiquités égyptiennes, Sully, 1er étage, salle 29, vitrine 1.

Peut-être son élégante silhouette (47 cm de haut) a-t-elle éveillé l'attention de la romancière. Mais, surtout, Bashasou est Libyen, donc Noir: «Les populations libyennes sont considérées par les Egyptiens depuis les premières dynasties comme leurs ennemis potentiels capables d'anéantir l'ordre idéal du pays, reflet de l'organisation parfaite instaurée lors de la création du monde.»

Pourtant, les Libyens furent installés dans la partie ouest du delta vers 1150 av. J.-C. pour contribuer à son développement économique. «Populations sédentarisées ou déplacées, descendants des prisonniers de guerre, ils quittèrent peu à peu ce rôle de garde-frontière pour faire partie du paysage politique égyptien.» Certains accédèrent même au rang de pharaon.

Egyptien par son lieu de résidence, d'exercice du pouvoir et ses codes de représentation, étranger par son nom et ses origines ethniques, Bashasou offre une figure d'identification idéale et ouvre un large champ à une réflexion sur le monde actuel. «Si l'on exclut la traite des esclaves à son point culminant, le mouvement de masse de peuples et de personnes est maintenant plus important qu'il ne l'a jamais été. Il implique la distribution d'ouvriers, d'intellectuels, de réfugiés, de commerçants et d'armées [...] accompagnés de récits multiples racontés dans les langages multiples», ajoute Toni Morrison. A travers les siècles, Bashasou et les siens délivrent un message encourageant.