La bataille du cinéma coréen

Au Festival de Fribourg, Lee Chang-dong a livré son témoignage.

Quel lieu mieux indiqué pour parler de diversité culturelle que le Festival international de films de Fribourg, qui témoignait une nouvelle fois cette semaine de la variété des cinématographies hors les grands canaux américains et européens. Le Coréen Lee Chang-dong en était le grand invité (lire LT du 3.3.2008). Le réalisateur a été ministre de la Culture en 2003-2004. Une expérience qu'il compare volontiers au service militaire, c'est-à-dire à un devoir citoyen cauchemardesque. Le passé l'a tout de même rattrapé, le temps d'une causerie organisée par le festival avec Nicolas Bideau, chef de la section cinéma de l'Office de la culture.

En sinologue averti, Nicolas Bideau a beaucoup questionné «Monsieur Lee». Notamment sur ces fameux quotas qui ont fait la réputation de la politique du cinéma en Corée, dont il a très justement souligné l'histoire paradoxale. Héritée d'une politique protectionniste installée sous la dictature, cette réglementation a ensuite été défendue avec force manifestations par les cinéastes. En vain. Les quotas ont été quasi engloutis dans le maelström des accords commerciaux avec les Etats-Unis. Le cinéma perdu parmi la viande et autres objets courants. L'obligation de passer dans chaque salle des films coréens 146 jours par an (une centaine dans les faits selon Lee Chang-dong) a ainsi diminué de moitié (soit une cinquantaine de jours).

Selon le cinéaste, il est encore tôt pour juger des effets de cet abandon. Mais, à titre d'exemple, dans un pays qui compte quelque 1500 salles, son dernier film, Secret Sunshine, a dû faire sa place face à Spiderman sorti dans 820 salles. Pirates des Caraïbes et Shrek sont sortis à la même époque, également dans plusieurs centaines de salles. Armé d'une véritable production de film commercial - c'est-à-dire des stars à l'affiche et un gros budget marketing - son film a tout de même été un succès.

Mais Lee Chang-dong note que faute de l'appel d'air des quotas, le Korean Film Council, la structure professionnelle qui gère les subventions gouvernementales attribuées au cinéma, doit se soucier plus que jamais des productions indépendantes. Celles qui ne peuvent pas, ou ne veulent pas, afficher des stars dans leur générique, mais par qui les nouvelles idées arrivent. C'est pour lui une nécessité pour que le cinéma coréen ne s'essouffle pas.

Notons qu'on ne saura sans doute jamais quel accueil le public suisse aurait réservé à Secret Sunshine. Malgré un prix d'interprétation féminine à Cannes, c'est en DVD qu'on annonce sa sortie ce printemps. Et pas en salles.

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