Festival

La Bâtie joue les belles héritières

John Cale, Stephan Eicher, mais aussi le DJ Teki Latex et le metteur en scène Oscar Gomez Mata… Directrice sortante de la grand-messe de la rentrée, Alya Stürenburg Rossi tire sa révérence en beauté. Nos conseils

Alors, fin de partie à La Bâtie? Alya Stürenburg Rossi, la crinière stoïque, levait le voile mardi sur sa dernière édition à la tête du festival genevois. La patronne allait-elle céder à la nostalgie, après dix ans à rêver que sa rentrée de septembre fracasse tout sur son passage? Non. Ni elle ni Philippe Pellaud, Monsieur Musique du festival depuis 2012, n’ont voulu de ces violons-là. Cette 41e édition oscille entre fidélités éprouvées et coups de torchon juvéniles.

La surprise du chef

La Bâtie s’organise ces dernières années autour d’une figure, héros ou totem. L’année passée, le compositeur John Adams jouait ce rôle. L’acteur, auteur et metteur en scène français Mohamed El Khatib lui succède. Ce nom ne vous est pas familier?

Cet artiste aux yeux de velours, à la barbe maquisarde, au pied virtuose a failli faire carrière dans le football. Mais une blessure l’a privé de la fièvre des stades. Il s’est tourné vers la sociologie, puis a glissé vers les planches. Que faut-il aller voir alors? Finir en beauté par exemple. Il y raconte, via un dispositif subtil, le décès de sa mère. Ou encore Moi, Corinne Dadat, face-à-face entre deux femmes au corps fragile, l’une vivant de ses ménages, l’autre de la danse.

Le régional de l’étape

Deux totems, c’est parfois mieux qu’un. Alya Stürenburg Rossi a voulu célébrer le travail au long cours du metteur en scène d’origine basque Oscar Gomez Mata et de sa compagnie l’Alakran. Leur marque de fabrique? Transformer les scènes en capharnaüm politico-poétique. Entre une hélice d’avion, un fer à repasser, une baudruche, les idées fusent autrement. Pour marquer les vingt ans de sa troupe, cet artiste éloquent a choisi de revenir à une forme a priori plus classique. Il empoigne Le Direktor, comédie du cinéaste Lars von Trier, avec une distribution qui fait envie.

Les légendaires

Ce coup-là, il n’est pas près de l’oublier. Philippe Pellaud est parvenu à attirer John Cale, l’un des cofondateurs du Velvet Underground. Le camarade d’échappée de Brian Eno et de Patti Smith ouvrira le festival le 1er septembre à l’Alhambra. Le même Philippe Pellaud a de liens anciens avec Stephan Eicher qui revient au bout du lac, avec son ami Simon Baumann.

Sous le nom de Die Polstergruppe, ils invitent à s’abandonner à l’empire du son. Ils dissémineront leurs sortilèges dans la grande salle du Théâtre Pitoëff – «Lieu central», soit le cœur festif de La Bâtie. Le principe? On déambule, on s’allonge, on s’allège, on s’harmonise, on boit le café servi par un barista – samedi 16 septembre.

Les esprits frappeurs

Cette catégorie est élastique, on le reconnaît. On y classera le Français Teki Latex, petit maître du rap naguère, DJ à l’inspiration herculéenne, marathonien de la nuit, qui devrait mettre à genoux ses ouailles, dès 23 heures, le samedi 16, au Lieu Central.

Vous êtes plutôt jazzy, tendance Herbie Hancock? Vous aimez swinguer, mais pas suer? Alors, ne manquez pas le concert du pianiste genevois Marc Perrenoud, ce fugueur du clavier dont le vagabondage laisse des marques. Il régnera le 10 septembre au milieu de la grande salle du Lieu central. Autour de lui, la foule des grandes évasions.

Les héritiers

Comment mettre fin à dix ans d’histoire? Alya Stürenburg Rossi a décidé de placer cette 41e édition sous le signe de la transmission. Signe d’une époque où tout se brouille? Les vestiges, à condition d’être bien recyclés, ont la cote. La jeune et brillante sud-africaine Dada Masilo reviendra au Forum Meyrin avec une Giselle sans tutu sur le volcan de ses passions. La chorégraphe française Mathilde Monnier et l’écrivain Alain Pauls transposent pour leur part en Argentine un légendaire Bal – cette pièce de la troupe du Campagnol qui devait inspirer son film à Ettore Scola. Dans leur El Baile, douze danseurs exhaleront l’histoire secrète d’un pays, un air de samba ici, une volupté de tango là.

«La Bâtie se porte bien, elle a rajeuni son public, elle fait désormais figure de rendez-vous majeur sur l’échiquier européen», se félicitait mardi Alya Stürenburg Rossi. Son successeur, Claude Ratzé, appréciera l’héritage.


La Bâtie, du 1er au 16 sept. La Bâtie


En chiffres

45 spectacles et performances sur la quinzaine.

13 créations.

2,7 millions de budget.

100 francs pour l’abonnement.

20 à 24 francs, le prix moyen du billet.

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