Et si notre ordi n’était pas si numérique que cela, mais nécessitait pour toutes ses fonctions (Chrome, Facebook, etc.) une armée de petits soldats? Des gens comme vous et moi qui s’agiteraient dans un inframonde pour créer fissa les contenus sollicités par les utilisateurs – ici, une utilisatrice qui aime écouter les tubes de Cher, se «photoshoper» sur les plages de Cancun et regarder les films d’horreur? A La Bâtie-Festival de Genève, jusqu’à ce mercredi, cette question est posée de manière joliment absurde dans Bad Translation, une pochade allumée signée Cris Blanco. Ou comment cinq chevaliers du web se démènent entre bricolages et système D pour aménager physiquement cet espace de virtualité.

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Panneaux et perruques

Le spectacle pose-t-il une question philosophique du type: est-on servi ou aliéné par ce web tout-puissant qui donne en quelques clics l’accès au monde entier? Cris Blanco a sans doute un avis sur les risques de la vaste galaxie, mais disons que ce n’est pas pour la profondeur du trait qu’on ira à Saint-Gervais. Plutôt pour l’exploit physique, technique et comique de ces opérateurs qui, de Skype à Facebook, de Photoshop à iTunes, recomposent à la seconde ces applications à coups de panneaux, perruques et objets, avant de s’y glisser pour les faire exister. Un vrai bal secoué et bruité par Cris Blanco et Oscar Bueno Rodriguez au micro. D’autant plus secoué que le tout est filmé et reprojeté sur grand écran pour atteindre, mais de manière volontairement maladroite, l’effet petit écran de nos ordis privés…

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Reprise psychédélique

L’exercice de style a ses grands moments. Comme cette séquence où l’utilisatrice «scrolle» sur Facebook et clique sur une version a cappella et psychédélique de Billie Jean. La prouesse réalisée sur fond de parapluie tournant pour l’effet stroboscopique est saluée par des applaudissements. La danse de camouflage qui permet aux sbires d’évoluer sur le fond d’écran sans se faire remarquer a aussi ses fans. L’affaire est bien menée, donc, mais s’épuise sur la durée. Et, au terme de cette curiosité bien barrée, on se demande si tant d’efforts n’auraient pas mérité un spectacle plus fouillé.


La Bâtie-Festival de Genève, jusqu’au 15 septembre, Genève