Après les turbulences - trois changements de direction en quatre ans -, La Bâtie-Festival de Genève a connu, cette année, sa première édition stabilisée depuis longtemps: Alya Stürenburg, directrice de la manifestation, a programmé le théâtre et la danse, tandis que Dominique Saudan a conçu l'affiche musicale. Avec une thématique, «D'après» qui revisitait le répertoire. Et le retour d'une ancienne logique: d'un côté des têtes d'affiche drainant un large public, de l'autre des créations locales ou des spectacles plus expérimentaux bénéficiant de cet élan de popularité. Bien vu sur le plan comptable puisque, hier, le Festival annonçait une fréquentation optimale (33588 spectateurs). Le bilan artistique est plus nuancé. Normal pour une manifestation qui privilégie la création.

Le grand moment

Des larmes dans les yeux, le cœur en charpie, Incendies a fait fondre les spectateurs de La Bâtie. Le texte déjà. Sur fond de Liban en feu, le thriller de Wajdi Mouawad montre à quel point une guerre peut exploser les liens identitaires. Tout le monde n'est pas né des fruits du viol de sa mère par son propre fils... La mise en scène, ensuite: avec une totale sobriété de moyens, mais un jeu investi à plein, Stanislas Nordey a placé ses acteurs au bord du public comme au bord d'un abîme, dans l'urgence de dire cette blessure de guerre. Très fort.

Les réussites

Vaudeville sur la vacuité de propos des bobos, Nous ne tiendrons pas nos promesses a tenu ses promesses. Malgré quelques longueurs, la Lausannoise Marielle Pinsard a pointé en riant toutes les débauches (de mots, de sexe, d'attitudes) d'une population étouffée par son inconsistance et sa fausse volonté de changer. Adultes formidablement hébétés également dans Le Bazar du homard, du Flamand Jan Lauwers. Un foutoir généralisé et diablement vivant pour raconter nos affolements.

Les déceptions

Créé pour la Cour d'honneur du Palais des Papes lors du dernier Festival d'Avignon, Inferno, de Romeo Castellucci, n'a pas résisté à son passage en salle. Le rituel des âmes en peine a perdu de sa grandeur et la majorité du public a bâillé là où elle aurait dû communier. Même ennui face à un Britannicus sans vie. A trop avoir travaillé la prosodie de l'alexandrin, le Français Gérard Desarthe a figé ses comédiens. Du Racine éteint.

Sur le plan local, rendez-vous manqué aussi avec Frankenstein, d'Eric Salama et les reines de beauté brésiliennes de Marco Berrettini (Freezao/Defreezao). Le premier a voulu trop en dire sur le rejet chronique en Suisse de l'étranger, tandis que Berrettini, qui explore d'ordinaire avec succès le simple échec d'être né, n'en dit cette fois vraiment pas assez...

L'émergent

Regard habile sur un sujet piégé. Encore peu connu, le Genevois Jérôme Richer revient sur l'évacuation du squat Rhino. Sans manichéisme dans le propos et avec une diversité de formes théâtrales qui rend compte de la complexité politique, mais aussi poétique. du questionnement. Chapeau.