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Mohamed El Khatib dans «Finir en beauté», hommage doux et subtil à sa mère.
© DR

Spectacle

A La Bâtie, le requiem solaire de Mohamed El Khatib

Invité vedette du festival genevois, l’artiste français signe avec «Finir en beauté» un spectacle lumineux et émouvant

Ça, vous ne l’aviez jamais vécu. A la sortie du théâtre, vous tenez, froissé dans une main, un acte de décès, celui de Yamna Iouaj, 62 ans officiellement, née au Maroc. Ce document est l’une des pièces à conviction apportées par l’artiste français Mohamed El Khatib, 37 ans, dans Finir en beauté, au festival de La Bâtie à Genève. Ce spectacle est le récit des derniers jours de sa mère, dans son lit d’hôpital. Déprimant, ce requiem? Mais non. Mohamed El Khatib réussit cela: il construit pour Yamna Iouaj un mausolée lumineux, composé de lettres, de voix, de saynètes cocasses, d’aveux bouleversants en lisière d’anecdote.

Vous venez donc de prendre place dans la salle. Pas de scène ici, juste un téléviseur à main gauche et une assemblée d’une centaine de spectateurs disposés en demi-cercle. Un jeune homme en polo bleu entre, c’est le petit frère dont vous rêvez, étourdi et chaleureux. C’est Mohamed El Khatib, ce sociologue de formation marqué par Roland Barthes et Pierre Bourdieu. Il ouvre un livret et vous introduit ainsi dans la chambre de sa mère.

Des funérailles qui tournent à la farce

Que retrace alors le fils? La bande d’urgence, cette tentative de rattraper le temps perdu. Il dit comment il lit à sa mère Marcel Proust, Albert Cohen et comme ces phrases constituent une passerelle branlante. Elle écoute; elle est ailleurs. Plus tard, il confesse une audace: l’achat d’une caméra Sony à 5000 euros pour la filmer. Le poste de télévision s’allume: on ne voit pas l’agonisante, mais on entend ses échanges avec Mohamed.

Aimer, c’est inventer la juste distance. Mohamed El Khatib sait faire ça, escorter tout doucement. Touche après touche, il cerne le mystère de Yamna. Elle meurt et il faut ramener son corps au pays. Les funérailles tournent à la farce: l’imam penché sur la tombe dissimule dans une main un portable. L’orchestre déraille, mais un billet de 200 dirhams le remet d’aplomb.

Lire aussi: A La Bâtie, le grand manège de la mélancolie

A la sortie, donc, vous vous penchez sur la feuille que Mohamed vous a donnée: surprise, au revers de l’acte de décès de sa mère, son acte de naissance à lui. Comme pour signifier qu’il est né au théâtre grâce à elle. C’est parce que le fils a voulu déposer ses mots comme autant de petites perles sur la sépulture qu’il est entré en scène. Non pour faire le deuil, mais pour saluer celle qui s’en est allée, pour ne pas cesser de la saluer. Le théâtre serait alors ce refuge où les ombres, quelle que soit leur nature, ont voix au chapitre. Finir en beauté est de ce point de vue l’histoire d’un commencement.


Finir en beauté, je 14 à 19h, Genève, Théâtre du Grütli; rens. www.batie.ch

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